« LUST FOR LIFE », L’ENVIE DE VIVRE, MALGRE TOUT

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« Lust for life » – Lola Giouse – Avec Géraldine Dupla, Simon Hildebrand, Cédric Leproust, Martin Perret – Au théâtre de Vidy, Lausanne, du 21 au 25 septembre 2022.

Après le récit passionnel d’un couple dans « This is not a love song », le deuxième volet de la trilogie de Lola Giouse prend appui sur cette « envie de vivre » qui peut faire défaut subitement, quelquefois sans raison distincte. Que faire pour aider l’ami en détresse?

En plein air, sous une voile de bateau déployée, telle une flèche vers le sol, un groupe de rock enthousiaste et dynamique, formé de quatre ami.e.s, présente un nouveau morceau. Le public est invité à participer de la voix, l’ambiance est à la fête… pourtant quelque chose cloche.

Dans ce petit groupe de musiciens, le mal-être a déboulé sur l’un d’eux (interprété par le musicien et compositeur Martin Perret) : plus de mots, plus de joie, plus de désir. Ne reste que l’abattement. L’inexplicable déprime surgissant du néant.

Le texte explore alors les réactions de cet entourage que forme les ami.e.s. Comment réagir en tant que proche pour porter secours à un être aimé qui va mal? Entre bienveillance et maladresse, patience et incompréhension, le panel des attitudes est vaste.

On cherche des moyens, on prend des précautions, on évite certains mots trop explicites, une crainte s’installe. On veut à tout prix écarter les idées noires par une intense activité. On l’emmène à la mer et c’est l’occasion d’une escapade imaginaire, improvisée et très drôle, mais qui ne produit aucun des effets espérés. L’ami souffrant reste coi, absent, hors d’atteinte.

Prétexte ensuite pour l’une à énumérer les joies passées ou à venir, les plaisirs petits et grands qui émaillent l’existence. Dans un fervent monologue, Géraldine Dupla énonce le meilleur de la vie. Désespérément, elle inventorie les sensations agréables, exaltantes, réconfortantes de la vie . Le public est lui aussi emporté par les images évoquées, souvenirs d’enfance, de chaleur et de partages. Pourtant, même entouré, rien n’y fait, le jeune homme reste perclus dans son mal de vivre.

« Ils ont beau vouloir nous comprendre
Ceux qui nous viennent les mains nues
Nous ne voulons plus les entendre
On ne peut pas, on n´en peut plus
Et tous seuls dans le silence
D´une nuit qui n´en finit plus
Voilà que soudain on y pense
A ceux qui n´en sont pas revenus »
(Barbara)

La colère l’emporte alors sur la compassion et l’empathie. Cédric Leproust est celui qui hurle son impuissance. L’amour qu’il porte à son groupe lui semble oublié, ignoré, comme bafoué. Dans un monologue touchant, il crie sa douleur et sa rage devant l’indifférence de son ami.

Entre « tragédie et fou rire », cette pièce généreuse, analysant les élans de soutien spontané qui naissent des proches de personne souffrante, est avant tout une pièce sur l’amitié. Sur ces humains qui composent un réseau vivant, aussi vivant que le rock l’est en musique. Et le public est inclus, il fait partie de la proposition théâtrale, le réel est imbriqué dans le récit.

Un coeur qui se remet à battre, une batterie qui vibre à nouveau, c’est tout ce qui est escompté.

Culturieuse,
à Lausanne

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