UN « RICHARD II » DE CHRISTOPHE RAUCK TOUT EN CLAIR-OBSCUR

répétition Richard II

« Richard II » de W. Shakespeare – Mise en scène de Christophe Rauck – Du 20 septembre au 15 octobre 2022 au Théâtre Nanterre Amandiers.

Voilà plusieurs années que le monde des éclairagistes se divise en deux catégories, les adeptes du néon et ceux du clair-obscur. Nul doute sur la préférence du metteur en scène Christophe Rauck, actuellement à la direction du Théâtre Nanterre-Amandiers, qui, grâce au magnifique travail sur les lumières d’Olivier Oudiou transcende et magnifie l’espace pour cette mise en scène de Richard II. L’utilisation d’un effet de fondu est du plus bel effet, même si celle-ci, ajoutée au clair-obscur, doit demander plus d’attention aux spectateurs pour deviner le jeu des comédiens. Pas de nouvelle traduction ici, celle de Jean-Michel Déprats fait l’affaire. Seulement quelques coupes pour un spectacle de trois heures.

Dans le rôle-titre, le comédien Micha Lescot apparaît dès les premiers instants tel un fantôme inquiétant, dans la pénombre, on ne voit que lui. Comme sur un jeu d’échec le jeu se met en place, clairement, la trame voit le jour, le drame naît de l’ombre. Bolingbroke et le duc de Norfolk s’accusent mutuellement. Richard va trancher, dans le vif, froidement, scellant par ce jugement sa future perte.

En feu follet, mi-ange mi-démon, Micha Lescot survole la scène. Glissant et volant comme une humeur tantôt nauséabonde tantôt touchante mais allant au fil de la pièce vers toujours plus de lucidité, il est celui par qui la déchirure des grands du Royaume va naître, prétexte de leur soif de pouvoir. Face à lui, le comédien Éric Challier, impressionnant de puissance face au chétif Richard, les pieds enracinés sur le sol anglais et la tête prête à recevoir la couronne royale. Choix de mise en scène, Christophe Rauck semble vouloir détacher Richard et la reine (Cécile Garcia Fogel) des autres protagonistes, Richard devient alors le meneur de revue, tout de blanc vêtu, et sa reine son alter ego, seule à le suivre d’un véritable amour. Micha Lescot, danse sur son rôle et Richard effleure de ses vérités des êtres aussi manipulateurs que lui mais sûrement moins francs. Christophe Rauck offre à Richard un magnifique écrin, tout en perspective, on peut néanmoins regretter que la lourdeur technique du décor d’Alain Lagarde – des gradins mobiles évoquant la Chambre des Lords – n’offre pas la possibilité au metteur en scène de changements plus évidents, mais les palais ne sont-ils pas les uniques lieux du pouvoir ? Autant ce dispositif scénique est plutôt gênant en début de spectacle, autant une utilisation plus fine des vidéos sur les scènes suivantes transporte davantage et offre plus de points de vue. Sans révolutionner leur utilisation, là encore, les gros plans vidéos mènent du grand au petit, du global à l’intime.

Nul doute que Christophe Rauck parvient avec sa mise en scène éclairante à offrir une lecture moderne des déchirements et des trahisons politiques, intemporelles, comment ne pas nous reconnaitre dans ce peuple et ces hommes que nous aimons haïr ?

Pierre Salles

Photo Olivier Metzger / Modds

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