RETOUR SUR LE FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA ROQUE D’ANTHERON

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Festival International de piano de La Roque d’Anthéron – Concert du vendredi 5 août 2022 donné à 21h00 dans l’Auditorium du Parc du Château de Florans – Piano : Alexandre Kantorow – Orchestre : Sinfonia Varsovia dirigé par Aziz Shokhakimov – Piotr Ilitch Tchaïkovski : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en sol majeur opus 44 – Franz Liszt : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en la majeur.

Pour sa 42ème édition et après deux années perturbées par les évènements sanitaires, le Festival International de piano de La Roque d’Anthéron retrouve son rythme de croisière avec un programme artistique au plus haut niveau et d’une grande diversité, tant au niveau des formes musicales que des interprètes.

Ce ne sont donc pas moins de 124 propositions artistiques et 105 pianistes qui ont été proposés au public au cours de ces cinq semaines d’art et de partage. Un festival qui, après s’être replié ces deux dernières années sur le Parc de Florans, qui reste néanmoins son cœur et son âme, essaime de nouveau dans des villes et villages des Bouches-du-Rhône et de Vaucluse sur treize sites différents. Un programme naturellement centré sur les claviers mais d’un grand éclectisme – récitals, concerts avec orchestre, ensembles baroques, jazz, musique contemporaine – qui permet de retrouver des artistes célèbres qui ont fait la renommée du Festival mais aussi des jeunes talents à découvrir. Il est réconfortant aussi de voir que le monde du piano n’oublie pas les siens car, après cette année qui a vu disparaître trois de ses interprètes majeurs – on pourrait dire des légendes – que sont Nelson Freire, Radu Lupu et Nicholas Angelich, dont les festivaliers se souviennent avec émotion, le programme de cette édition propose une soirée hommage pour chacun d’eux.

En cette soirée du 5 août, le grand Auditorium du Parc du Château de Florans – de plus de 2 000 places – affiche guichet fermé pour la prestation très attendue d’Alexandre Kantorow qui, salué par la critique comme « jeune star du piano », propose un programme romantique, accompagné par l’orchestre « Sinfonia Varsovia » – un fidèle du Festival – dirigé par Aziz Shokhakimov.

Dès le premier mouvement du concerto n° 2 en sol majeur de Tchaïkovski, Alexandre Kantorow fait preuve de toute sa virtuosité dans une interprétation fougueuse aux solos éblouissants et passionnés. Le dialogue avec l’orchestre, en particulier avec la flûte et le hautbois est lumineux.

L’andante non troppo, délicat et poétique, est marqué par un dialogue avec le premier violon de l’orchestre. Un dialogue raffiné, qui prend parfois des airs de sonate pour piano et violon, auquel participe également le premier violoncelle. Une rêverie interrompue par l’allegro con fuoco, gai et ludique, dont le thème principal de cinq notes est porteur de volonté et de joie de vivre. Un moment d’enthousiasme interprété par Alexandre Kantorow avec énergie et jubilation.

En deuxième partie du concert, les six mouvements du concerto n° 2 en la majeur de Liszt sont interprétés d’un seul trait avec beaucoup de virtuosité et nous entraînent dans un voyage dans lequel s’exprime toute la palette de jeux d’Alexandre Kantorow, allant de la délicatesse poétique à l’explosion romantique.

Après cette remarquable performance artistique, l’enthousiasme du public, inassouvi, incite Alexandre Kantorow à proposer jusqu’à trois bis dans lesquels toutes les nuances de son jeu et son immense talent peuvent s’exprimer. Un magnifique cadeau qui clôturera cette chaude soirée d’été par la « Sonetta del Petrarca » de la 2ème année de pèlerinage en Italie de Liszt et des extraits – adaptés pour piano – de « Orphée et Eurydice de Gluck » et de « L’oiseau de feu » de Stravinsky.

Alexandre Kantorow, s’il en était besoin, confirme ce soir-là qu’il aura sans aucun doute sa place au plus haut niveau dans le petit monde du piano pour les décennies à venir.

S’il est réjouissant et passionnant d’assister à l’émergence de nouveaux talents, nous n’oublions pas ceux qui ont marqué de leur empreinte l’histoire du piano et celle du Festival. A ce titre nous avons pu assister au magnifique film, proposé dans le programme du Festival, réalisé par Joao Moreia Salles autour du pianiste Nelson Freire, décédé à Rio il y a moins d’un an, et de sa relation avec la musique. Un film qui lève une part de mystère de ce pianiste si secret, si discret mais si sensible qui a illuminé nombre de soirées du Festival. Nelson Freire sous son aspect imposant, voire un peu austère, cachait une grande sensibilité et un raffinement qu’on retrouve dans ses interprétations d’une grande virtuosité. Le film dévoile quelques moments de vie, son besoin de solitude, son goût pour la simplicité, la vie tourmentée de cet enfant prodige à Rio et cette magnifique amitié, cette complicité artistique, qu’il partageait avec Martha Argerich depuis l’adolescence. Un artiste pudique, aux mots rares et mesurés, qui nous dit tout de lui par sa musique.

Jean-Louis Blanc

Photo Valentine Chauvin

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