« GEORGE DANDIN », FOLLE COMEDIE BAROQUE BRILLAMMENT EMMENEE

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George Dandin – mes Michel Fau – Théâtre de l’Athénée Paris – du 6 au 29 mai 2022.

L’anniversaire des 400 ans de la naissance de Molière n’en finit plus d’alimenter les programmations. C’est au tour de l’Athénée de fêter Jean-Baptiste Poquelin avec une reconstitution quasi historique de George Dandin, avec musique et intermèdes de Lully dans une mise en scène de Michel Fau qui interprète aussi le rôle principal. Son George Dandin est à la fois drôle et émouvant, victime lucide de sa femme autant que de lui-même. Les costumes sont signés Christian Lacroix, les fils d’or brillent, tout le faste de la cour est là. Une belle occasion de découvrir Molière dans le texte et dans le contexte.

George Dandin, riche bourgeois, a épousé Angélique de Sottenville. Il surprend un paysan qui vient de livrer à sa femme les messages d’amour de Clitandre, duc de son état. Furieux, George Dandin entreprend de confondre la jeune femme devant ses parents.

L’orchestre est installé en fond de scène, efficacement dirigé par Gaétan Jarry depuis le clavecin. Au milieu du plateau trône un dispositif pyramidal à deux étages, tronc d’arbre étrangement surmonté d’un étrange arc gothique troubadour qui symbolise la maison de George Dandin. Le dispositif est habile et permet aux personnages des entrées et sorties efficaces. Les rapports de force ou de classe se retrouvent aux différents étages, Angélique étant souvent au dernier, tandis que George Dandin passe un temps considérable devant la porte de chez lui, deux étages plus bas. Les costumes sont sublimes, les étoffes riches et contrastées. La musique et les chants baroques célébrant l’amour, interviennent en prélude, intermède et conclusion. Ils ancrent la pièce dans son époque, rappellent la cour et ses ors, et le poids que prendra la noblesse par la suite.

Tout au long de la pièce, George Dandin n’aura de cesse de trouver un stratagème pour confondre sa femme, sans succès. Il enrage, contre son épouse et ses beaux-parents mais contre lui-même aussi, lui qui a voulu s’allier à la noblesse et en paie aujourd’hui le prix. Michel Fau excelle dans cette double dimension, à la fois triste et comique. Son visage expressif se tord et se déforme de rage, ses gestes sont emportés. Le public rit de ses mésaventures, et pourrait tout aussi bien s’émouvoir. La suffisance des beaux parents imbus de leur noblesse ou de Clitandre qui courtise impunément Angélique est choquante. Elle rappelle tous les clivages sociaux d’une époque où la classe d’appartenance fait tout. Il serait vain de chercher à en changer même par le mariage.

Le comique vient beaucoup des partenaires de George Dandin. Le messager Lubin, difforme et repoussant, est hilarant de bêtise et de maladresses. Il multiple les bourdes, s’exprime dans un presque patois qui contraste avec tous les autres personnages. Un abime sépare Clitandre du paysan que le sert. Les beaux-parents de Sottenville sont aussi extravagants dans leurs costumes, leur diction et l’exagération de leur position, quitte à en faire trop et à ralentir la pièce. Angélique est aussi caricaturale. Les répliques de Molière sont cinglantes.

Ce George Dandin créé à l’Opéra Royal de Versailles est une reconstitution historique magnifique, drôle, avec un esprit caricatural marqué et un personnage principal émouvant. Une belle célébration de la naissance de Molière.

Emmanuelle Picard

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