SONS OF ABRAHAM, RECITS D’EXIL SANS LANGUE DE BOIS

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SONS OF ABRAHAM de et avec Sahand Sahebdivani et Raphael Rodan, et avec eux sur scène Duygu Alkan – Théâtre National de Bruxelles – Du 26 au 30 avril 2022 et en tournée internationale. En anglais, surtitré en français.

Qui ne connaît l’histoire des deux frères « ennemis » de la Bible, contraints de vivre séparément, l’un à la dure et dans le désert et l’autre auprès de sa mère, Sarah (symbole de l’aisance), épouse d’Abraham ? Portée de manière magistrale et contemporaine par Sahand (Iranien) et Raphaël (Israélien), « SONS Of ABRAHAM » raconte l’histoire d’une migration forcée et de conflits d’aujourd’hui. Au diable les clichés ! Ici, pas de langue de bois, tout se dit sans hypocrisie, beaucoup d’adresse, de poésie et d’humour, de fraternité et une évidente complicité. Une histoire dans l’histoire, une mise en abyme comme on aime au théâtre, un clin d’œil, peut-être, à l’immense Shakespeare in « Songe d’une nuit d’été »…

La fiction se mêle à la réalité sur fond de références bibliques, de sons d’Anatolie et du Kurdistan avec la voix cristalline et mélodieuse de Duygu Alkan (auteure-compositrice-interprète d’origine turque). Magnifique ! Trois artistes basés à Amsterdam au parcours impressionnant (*).

L’histoire

Un décor beau et sobre capte le public dans l’ambiance qui les attend. Dès les premiers instants, les mots et les sons imprègnent les sentiments, les sensations des spectacteurs. Impossible de rester insensible à ce qui va se dire tout au long du spectacle. Fils d’Abraham, Sahand et Raphaël sont issus de « deux tribus » : l’une d’Iran, l’autre d’Israël, deux pays aux relations tendues. Comme « terrain d’entente » ils choisissent de faire abstraction (ou presque) de leurs autobiographies, celles d’une migration forcée et de conflits, pour raconter une histoire qui n’est pas la leur mais … y ressemble.

Un récit « d’exil et de refuge », celui de deux frères kurdes, Sami et Adil qui, après avoir fui « un bain de sang » en Irak, se retrouvent en Europe, continent de « l’espoir d’une vie meilleure ». Adil est homme de ménage dans une boite de nuit « Paradise ». Ironie que ce lieu loin d’être le paradis dont il porte le nom. Entre déchets et nuits blanches, la désillusion ronge Adil qui semble perdre ses repères, sombrant dans l’alcool et la mauvaise vie, la déprime, tandis que Sami essaie de lui rappeler d’où ils viennent, lui récitant des versets religieux. Mais voilà, leur mère est gravement malade, mourante. Il faut rentrer au pays la retrouver avant la fin, aider leur jeune sœur dans cette difficile épreuve. Mais comment retourner au pays et prendre le risque de tout perdre lorsqu’on est sans-papiers ?

L’eau fait partie intégrante de ce spectacle, projetée sur un écran géant, elle semble se déverser sur les spectateurs, pris à parti par les comédiens pour imaginer quelle serait leur réaction dans une situation similaire, celle de la traversée, de la noyade, de la solitude après les pertes de vies inestimables ; loin de chez eux, à la recherche du bonheur dans une ville idyllique, arrachés des montagnes et des chants d’oiseaux de leur petit village en Irak.

Loin de sombrer dans le mélodrame, une histoire racontée avec finesse et humour. Une douce comédie à la narration exquise. Bluffant !

Raphael Rodan, Sahand Shebdivani, frères artistiques.

Après une formation artistique de 10 ans, Raphael est un créateur de théâtre et un conteur primé, ainsi qu’enseignant et co-fondateur de l’école Mezrab Storytelling. Avec Sahand ils créent quelques histoires à succès qu’ils jouent dans des théâtres et des Festivals un peu partout en Europe, ayant reçu une reconnaissance internationale. Tous deux directeurs artistiques de « L’Amsterdam Festival du conte » (2018). Sahand est également l’un des fondateurs de la « Dutch storelling scene ». Il a commencé à se produire au KIT (Royal Institute of the Tropics-Museum) à Amsterdam. Ces histoires sont à la fois personnelles et un mélange de mythes anciens et de contes folkloriques.

Duygu Alkan est, quant à elle, une chanteuse, auteur et compositrice turque basée aux Pays-Bas. Elle joue dans de nombreux lieux en Europe mais aussi au Moyen Orient. Sa musique et sa voix sont envoutantes et méritent largement le détour. À découvrir sans plus attendre !

SONS OF ABRAHAM : j’y vais, là où elle se jouera, j’y cours, j’y retourne et j’en parle autour de moi !

Julia Garlito Y Romo

(*) Liens utiles :

 https://www.youtube.com/watch?v=deUf-c8Xsgc

Photo Alborz-Sahebdivani

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