« ARTEMISIA GENTILESCHI », UN VIOL TRES ACTUEL DE QUATRE CENT ANS

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« Artemisia Gentileschi » – Traduction, adaptation et mise en scène : Guillaume Doucet – D’après le texte « It’s true, it’s true, it’s true » d’Ellice Stevens et Billy Barrett – Vu aux ATP Avignon 2022 – Spectacle joué pour le Off d’Avignon en juillet 2022 au Théâtre du Train bleu.

Dans la lignée du mouvement #metoo, le groupe Vertigo s’empare d’un fait divers intervenu en 1612 en Italie et du procès qui s’en suivit. La jeune peintre Artemisia Gentileschi est alors disciple du célèbre et puissant peintre Agostino Tassi. Le père d’Artemisia accuse le peintre d’avoir violé sa fille et demande réparation devant la justice.

Traduit et adapté du texte anglais « It’s true, it’s true, it’s true », le groupe Vertigo au travers de son metteur en scène Guillaume Doucet propose une plongée historique dans un procès retentissant, mettant en émoi l’Italie durant six mois. A partir d’un travail fait sur les restes de la transcription du procès et d’une partie interprétée, Guillaume Doucet offre une lecture aux saveurs contemporaines d’un viol de plus quatre siècles. Comment ne pas être sidérés par la malheureuse actualité du propos qui nous rappelle évidemment les drames actuels, comme si rien n’avait changé ? A ceci près qu’Artemisia Gentileschi, à l’instar de certaines victimes actuelles, a su et pu se relever et devenir une grande artiste.

Quatre comédiens retracent avec justesse le procès, tantôt en pleine salle d’audience tantôt dans une chambre d’artiste. Sans trop d’artifices les costumes soulignent élégamment le glissement d’époque, suggérant une époque plutôt qu’en la montrant ostensiblement. En se servant de deux tableaux emblématiques peints par Artemisia (« Suzanne et les vieillards » et « Judith décapitant Holopherne »), Guillaume Doucet replace l’Art au centre de son propre projet artistique et éclaire de la vie même d’Artemisia Gentileschi son œuvre et ses tourments.

Guillaume Doucet, au travers d’une mise en scène sensible et d’un ensemble de comédiens homogène à l’écoute les uns des autres, nous montre une histoire en perpétuel recommencement où la recherche des moindres failles de la victime permet la plupart du temps aux accusés de jeter le discrédit sur celle-ci. Un moment troublant pour le public qui ne peut parfois que se reconnaître dans cette tendance qui consiste à douter plus des victimes que des bourreaux. Un spectacle à découvrir cet été au Train bleu dans le Off d’Avignon 2022.

Pierre Salles

Photo Caroline Ablain

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