GUILLAUME BAILLART S’OFFRE UN TARTUFFE PERFORMATIF AU VIDY-LAUSANNE

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Tartuffe d’après Tartuffe d’après Tartuffe d’après Molière – Guillaume Baillart (Groupe Fantômas) – Au Théâtre de Vidy, Lausanne, du 2 au 12 mars 2022.

Ce spectacle est inspiré, avant de s’en détacher, du premier spectacle du Groupe Fantômas (créé en 2013) à la suite de l’expérience du Théâtre Permanent de Gwénaël Morin auquel Guillaume Bailliart prenait part.

Le scandale du monde est ce qui fait l’offense, et ce n’est pas pécher que pécher en silence. (Molière, Tartuffe)

Tartuffe, c’est l’hypocrite ou l’imposteur, le fourbe qui joue au dévot pour s’accaparer les bonnes grâces du fortuné Orgon et ainsi le duper. Molière a tout de même mis cinq ans à faire jouer sa pièce (1664-1669). Dévot ou faux dévot, comment les distinguer? En ce temps-là la religion est déjà susceptible.

En voici une interprétation théâtrale ébouriffante, inventive, convaincante, que l’on pourrait aussi qualifier de sportive! Une performance qui décale l’éclairage de la pièce.

La scène se compose uniquement d’une table rectangulaire. Les noms des personnages sont inscrits à vue sur le sol. Les dix rôles de la pièce sont endossés par Guillaume Bailliart.

En se déplaçant sur son nom ou en le montrant du geste, le comédien polyphonique facilite l’identification du personnage qu’il exprime. Ainsi le public se trouve au coeur même du rythme pétillant de ce texte, baigné dans les flots de ce déluge d’alexandrins. La diction précise de Guillaume Bailliart offre au texte de Molière une acuité renouvelée. Habillé simplement, il ne dispose que des inflexions de sa voix pour incarner chaque personnage. Avec un visuel aussi ténu, la pièce est épurée et le texte est comme dilaté.

On ne peut s’empêcher pourtant d’être épaté par la performance physique de l’acteur qui cavale et s’élance, passant dare-dare de l’un.e à l’autre, ou parcourt un dialogue en changeant uniquement sa posture, revêtant les humeurs ajustées des protagonistes plus vite que Superman son costume!

Sa voix reste la même, elle est seulement modulée par le tempo, le souffle, le ton, l’intensité du propos qu’il énonce. Le personnage de Tartuffe cependant bénéficie d’un accent particulier, accolé à sa volonté hypocrite de plaire.

Une belle trouvaille également que tous ces crédules aux yeux clos. Car les personnages sont joués sans regard. Seul Tartuffe ouvre des yeux avides et globuleux sur ce monde qu’il veut gober tout cru. D’ailleurs, dans cette version, pas d’acte cinq, le podium est à l’imposteur!

Molière en pleine création de Tartuffe, le jouant peut-être seul devant sa table d’écriture… c’est ainsi que je me l’imagine: une fusion mentale, verbale et physique, en égale dynamique.

Culturieuse,
à Lausanne

Photo Mathilde Delahaye

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