« LA PLUS PRÉCIEUSE DES MARCHANDISES », LA SHOAH TOUT EN POINTILLÉS

Janine Godinas

« LA PLUS PRÉCIEUSE DES MARCHANDISES » de Jean-Claude Grumberg, dramaturge, scénariste et écrivain français ; mise en scène de Janine Godinas ; avec Jeanne Kacenelenbogen au Théâtre LE PUBLIC à Bruxelles, jusqu’au 26-02-2022

Apprenons-nous de nos expériences, de l’histoire, des guerres, du passé ? Sommes-nous capables d’imaginer un monde où le racisme n’existerait plus ? Sommes-nous aptes à ne plus sombrer vers la haine, la discrimination au quotidien, un racisme sournois, qui vit en chacun/e de nous et que nous maîtrisons, ou pas, plus ou moins bien ? « La chose peut sortir de nous comme une respiration, sans que l’on puisse la contrôler » raconte Janine Godinas, la metteuse en scène. « Ce qui s’est passé nous pend toujours au nez (…) Il y aura toujours des trains, des bateaux, des camions pour se débarrasser de certaines personnes », poursuit-elle. Et pour cause, malheureusement, l’histoire se répète encore et encore, ici et ailleurs : « Et quelle meilleure façon de mettre en exergue à quel point tout recommence et recommence et recommence encore ! Comme si on n’apprenait jamais rien de ce qui s’est passé », ajoute Janine.

C’est un conte d’hier, ou d’aujourd’hui, c’est un conte de et pour toujours. Un conte inspiré de Perrault, magistralement adapté à l’histoire dramatique de la déportation, l’extermination des juifs. La Shoah sans en prononcer le mot, tout en poésie, teinté de doux euphémismes, l’auteur, Jean-Claude Grumberg réussit, comme le souligne la metteuse en scène Janine Godinas, à « raconter la Grande Histoire avec tous ces ingrédients sans sombrer dans l’artificiel ni dans la mièvrerie ».

On écoute le conte la bouche ouverte derrière nos masques, avec le désir et la peur d’en connaître l’issue. Sublimé par la prestation du seule en scène de Jeanne Kacenelenbogen, endossant chaque personnage. Le temps s’est arrêté. Pas une mouche qui vole. Juste des cœurs qui battent à l’unissons, bercés par la voix, la musique, les mots ! Émotion. Ovation !

Sublime décor d’Eugénie Obolensky qui plonge immédiatement le public dans l’ambiance qui l’attend. Une sombre forêt traversée par une voie ferrée, un train-monstre que l’on imagine, une chèvre, une masure, et les bûches entassées par les « pauvres bûcherons », couple sans enfant, malgré le désir brûlant d’une femme d’être mère. Et une petite princesse… de la « race des sans-cœur » tombée d’un train, tel un paquet, emporté chez elle par la pauvre bûcheronne. Comment réagira le mari ? Entre contradiction de l’âme et complexité de la nature humaine, l’amour peut-il vaincre les dégâts d’une guerre ?

Pour aborder l’angle de cet histoire, Janine Godinas imagine « la petite marchandise » revenir sur les lieux du drame. Se souvenir et… raconter… l’horreur ou le « bonheur » d’un choix. Celui d’un « presque médecin », « presque coiffeur », « ex père de jumeaux », « ex déporté » …. « ex survivant ». Un récit qui unit les deux artistes de générations et de vécus différents (Janine a connu la guerre), mais décidément liées. « Je me sens dépositaire de cette histoire familiale, confie la comédienne, et pourtant, je n’ai pas choisi. Je suis tombée dedans presque par hasard ». On peut dire que Jeanne Kacenelenbogen est bien tombée, puisqu’elle relève le défi de raconter un conte « de monstres modernes » tout en légèreté, une certaine touche d’humour rageur, un conte improbable et réel à la fois.

Interdit la résignation, au diable l’oubli !

Mêlant souvent son œuvre au destin d’après-guerre, un destin de « survivant », avec de nombreuses créations à son actif, tant au théâtre, qu’au cinéma ou à la télévision, Grand prix de l’Académie française (1991) et Grand prix de la SACD (1999) pour l’ensemble de son œuvre, Moliarisé et Césarisé, Claude Grumberg (né en 1939) publie : « La plus précieuse des marchandises » un conte, terriblement émouvant, qui évoque la déportation de manière « singulière ». Un sujet cher à l’auteur, « hanté depuis l’enfance par la disparition de son père et de ses grands-parents dans les camps d’extermination ». Truffaut, Costa-Gavras ou Marcel Bluwal (pour ne citer qu’eux) sont autant d’artistes avec lesquels il collabore pour le cinéma ou pour la télévision. « La précieuse marchandise » n’est pas le seul conte de Grunberg. « Mon étoile », « La Reine Maigre » ou encore « Le petit violon » sont autant de contes pour enfants, ainsi que de petites fables de théâtre comme, par exemple, « Une vie de « On ». Pour l’auteur « écrire pour la jeunesse offre une liberté sans comparaison possible avec son équivalent pour adultes ».

Une histoire vraie ? Pour en connaître l’issue, « La plus précieuse des marchandises » à découvrir sans plus attendre, au Théâtre Le Public jusqu’au 26/02/22, petite salle, du mardi au vendredi à 20h30 et les samedis à 19h00.

Julia Garlito Y Romo

Bon à savoir : Assistante à la mise en scène : Hélène Catsaras / Scénographie et costumes : Renata Gorka / Décor : Eugénie Obolensky / Construction décor : Luc Dezille / Lumière : ZvonocK / Musique originale : Pascal Charpentier / Régie : Geoffrey Leeman, Antoine Steier et Sybille Van Bellinghen. Une production du Théâtre LE PUBLIC.

Photo Gaël Maleux

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