« LA DISPUTE » : LES ENFANTS ONT LA PAROLE !

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« La dispute » de Mohamed El Khatib – mise en scène de l’auteur – au KAAI Théâtre à Bruxelles les 29/01 et 30/01/2022 (en français surtitré en néerlandais) puis à Châtenay-Malabry, à L’Azimut les 5 et 6 février 2022.

Le théâtre c’est aussi les enfants : « Pas seulement pour eux mais avec eux ! »

Souvenez-vous… Il n’y a pas si longtemps, dans les années 50, être un enfant de parents divorcés était exceptionnel- doux euphémisme- ! Les « autres » le regardaient avec curiosité, voir se moquaient d’iel. Double souffrance pour ces enfants dont le quotidien était loin d’être facile.

Considéré comme sacré, le mariage était une obligation sociale dont il était difficile de se passer, voire une garantie de stabilité, particulièrement pour la femme. Le divorce un échec, voir une tragédie qu’il fallait éviter coute que coute. Les femmes se devaient d’être des épouses exemplaires et respectables ! Les extrémistes du discours moralisateur et misogynes sur le divorce agitaient l’apocalypse : famille brisée, père/mère irresponsables, enfant déboussolé… Pour garder son couple intact, la femme avait tout intérêt à abandonner son emploi pour devenir « femme au foyer », métier considéré comme « idéal ». Aujourd’hui, les femmes ont heureusement plus de place sur le devant de la scène. Et si la lutte pour l’égalité des genres à encore de l’avenir devant lui, la femme a une vie professionnelle bien différente à celle de l’époque.

Et le divorce dans tout ça ? me direz-vous. Si de nos jours il est plus facile de divorcer, prendre la décision de mettre fin à son mariage ou de se séparer n’a rien d’évident. Si la question peut paraître banale elle n’est pas à prendre à la légère. En mesurer les conséquences est une tâche on ne peut plus compliquée. Entre frustrations douloureuses, épanouissement personnel et individualisme, la tendance est tout de même de trouver un compromis et d’éviter de se positionner en victime pour ne pas se retrouver dans une impasse. Mais voilà, dans tout ça, qu’en est-il de l’enfant ? A-t-il droit à la parole ?

Qu’en est-il de son ressentit ? En Belgique : 1 enfant sur 3 a des parents divorcés, en France plus d’1 enfant sur 10, selon l’INSEE, sans compter que la plupart d’entre eux « vivent dans des résidences alternées, le plus souvent une semaine sur deux chez chaque parent ». Détrompons-nous, « leur détresse » est plus importante que l’on ne l’imagine… que les parents ne l’imaginent :

« La plupart du temps, les adultes ne savent rien et font n’importe quoi ». Le ton est donné. Les enfants s’expriment. Enfin, pourrait-on dire, car, comme le souligne l’auteur « les enfants représentent une classe sociale invisible dont on attend qu’elle se soumette à nos règles, mais pas qu’elle nous apprenne quoi que ce soit ».

C’est après avoir reçu une commande pour créer « une pièce pour enfants » qu’El Khatib réalise que ça ne fonctionnera pas. Il décide de faire une pièce mais… avec eux ! Et pour ce, il va passer trois mois dans des écoles et rencontrer des enfants âgés de 8 ans, de tous milieux sociaux confondus. Il ne cherche pas un sujet, il veut juste « les écouter ». Très vite il remarque que « beaucoup d’entre eux ont un point commun : des parents divorcés/séparés. Il est alors interpellé par « la place centrale » que ce vécu « occupe dans leur vie » et choisit de leur donner la parole.

Mêlant le réel et le jeu, dans un décor de Lego et de personnages en Playmobil, Aaron, Amélie, Camille, Eloria, Ihsen, Imran, Maëlla, Malick, Solal, Swann (6 enfants en alternance) évoluent, à l’aise, racontent, questionnent les adultes dans la salle et s’improvisent musiciens. Iels ont entre 9 et 10 ans et semblent avoir toujours foulé les planches. D’autres encore (et eux-mêmes, âgés alors de 8 ans), témoignent de leur ressentis, leur vécu, sur des vidéos projetées sur grand écran.

Des moments drôles, émouvants, poignants que nous servent ces petits comédiens en herbe. Les parents en prennent pour leur grade. Percutant. Ovation.

Susciter chez les enfants le goût du théâtre et de la culture, aiguiser leur réflexion, leur sens critique, leur créativité, pari gagné par El Khatib. Le jeu est scolaire, tendre, et c’est le charme de la pièce Les mots traversent nos cœurs et nos pensées. Difficile de ne pas apprécier le talent et la spontanéité des jeunes comédiens.

« Aujourd’hui, quelle question aimerais-tu poser à tes parents ? » demande le metteur en scène aux enfants.

En connaître l’issue ne manque pas d’intérêt; jouée sur plusieurs scène, Bruxelles bien sûr, mais également à Paris : « LA DISPUTE » un spectacle à découvrir, là où il se reproduira à nouveau.

Julia Garlito Y Romo

Zoom sur le metteur en scène/auteur : L’auteur Mohamed El Khatib n’en pas à sa première création du genre : « mettre du réel sur scène » : on se souvient de « 53 supporters du Racing Club de Lens (Stadium) », pour lequel « il implante l’univers d’un stade » avec 53 joueurs de football sur une scène de théâtre. Rappelons, au passage, qu’El Khatib a lui-même été footballeur durant une courte période. Pour : « Des gardiens du musée » (Gardien party), l’auteur va donner la parole « aux personnes que l’on n’entend pas, marginalisés ». « Les questions de classes sociales et le rapport à l’art » sont au cœur des sujets qu’il aborde et la part de réalité et du jeu sur scène, sa signature. Grand prix de littérature dramatique (2016) pour « Finir en beauté », une pièce sur la mort de sa mère et primé à l’Académie française pour « C’est la vie », sur la perte d’un enfant, Mohamed el Khatib est également à l’origine de la création du collectif Zirlib (2008) avec comme moteur : « l’esthétique n’est pas dépourvue de sens politique ». De nombreuses créations, trop nombreuses pour les énumérer ici, mais certainement à découvrir.

Bon à savoir : Idée & réalisation : Mohamed El Khatib | Avec : Aaron, Amélie, Camille, Eloria, Ihsen, Imran, Maëlla, Malick, Solal, Swann (6 enfants en alternance) | Cheffe de projet : Marie Desgranges | Dramaturgie : Vassia Chavaroche | Montage et vidéo : Emmanuel Manzano | Scénographie & collaboration artistique : Fred Hocké | Collaboration artistique : Amélie Bonnin, Dimitri Hatton | Son : Arnaud Léger | Assistante scénographe : Alice Girardet | Formation musicale : Mathieu Picard | Photographie Yohanne Lamoulère | Direction son (tournante) : Arnaud Léger ou Nicolas Hadot | direction lumière/vidéo (tournante) : Jonathan Douchet ou Madelaine Campa | Directrice de production : Martine Bellanza | Presse : Nathalie Gasser | Production : Zirlib | Co-production Tandem – scène nationale, Théâtre de la Ville Paris, Festival d’Automne à Paris, Théâtre national de Bretagne, Malraux – Scène nationale de Chambéry Savoie, Théâtre du Beauvaisis-scène nationale, Théâtre Paul Éluard – scène conventionnée d’intérêt national pour la diversité linguistique, La Coursive – scène nationale, Scène nationale d’Aubusson.

Photo Yohanne Lamoulere|

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