« DON JUAN VISIT NOW ! » : L’ABSURDISTAN !

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« Don Juan, visit now ! » de Pascal Crochet (avec la participation libre de l’équipe de création) au Théâtre des Martyrs à Bruxelles jusqu’au 27 janvier 2022 (mardis et samedis à 19h00 – mercredis, jeudis et vendredis : 20h15 – dimanche 23.01 à 15h et jeudi 20.01 également à 14h)

Mettons tout de suite les pieds dans le plat. Au nom de la juste lutte contre l’oppression des femmes qui prévaut dans de nombreux pays, le féminisme dans nos sociétés en est parfois venu à nier la différenciation des sexes et à diaboliser l’homme comme perçu comme inutile. Loin de regretter le passé nostalgique de la société patriarcale, on est frappé par certain(e)s qui ne revendiquent plus l’égalité, mais luttent contre les hommes, tous les hommes.

« Don Juan, visit now », dans ce registre-là, aurait pu être une revanche, celle des femmes contre les hommes, si la nouvelle création de Pascal Crochet était plus assumée, un tantinet encore plus provocateur. La pièce prend des libertés avec Molière, le moque, et ça marche ! Le public est suspendu, espère, attend… Bien que la pièce se veut être l’exploration « du champ des relations entre les hommes et les femmes » ; le spectateur jusqu’à la fin prend part à une véhémence féministe. Oui, bien sûr, les dialogues ont le mérite d’être entendus, ils percutent même parfois de par leur justesse, un sentiment de vécu (certaines parties sont des créations propres de chacun/e des comédien/nes), et une vérité crue des différences entre hommes et femmes qui persistent malheureusement encore de nos jours.

Mais la dispersion du sujet principal part dans tous les sens, et à vouloir trop en dire, Don Juan se noie dans un micmac qui n’a plus rien à voir avec le célèbre personnage, avec l’impression d’être face à une conférence ou un débat entre collègues qui finit par casser, ennuyer…

Le spectacle : Sur scène, 10 personnages, dont trois hommes. Un salon une cuisine, une table de salle à manger, bref, un loft. Tantôt une femme nettoie le sol à genou, tantôt un homme. Ils/elles cuisinent des œufs ou des oignons, selon (Même le masque sur le nez du public ne parvient pas à faire atténuer « l’arôme » de l’oignon cuit à l’eau…). « Le féminisme est une révolution », « pourquoi suis-je une femme et pas un homme, ou un entre deux ou un entre pas, ou noire ou blanche ou verte ou rose ; il est venu vers moi et m’a dit… m’a fait… ne m’a pas fait… ne m’a pas dit », soit, ils/elles dialoguent entre eux/elles, discutent, se disputent, débattent, se regardent, s’évanouissent, dansent, rêvent ou que sais-je. On a même droit à du semi-nu : mélange de corps en entrelacements sensuels sur fond de scène. Un méli-mélo d’instants différents sur le plateau qui déconcerte, voire qui déconnecte les neurones de celles et ceux qui se demandent ce qu’ils/elles sont venu/e/s faire-là.

Intéressantes les citations tirées du texte original de Don Juan, de King-Kong Théorie de Virgine Despenstes : (voir critique https://lebruitduofftribune.com/2018/03/26/king-kong-theorie-trash-oui-mais-percutant/), ou encore de « Des hommes justes » d’Ivan Jablonka, mais l’interprétation par les personnages est d’une monotonie affligeante de par le côté « surjoué » et plonge une nouvelle fois le spectateur dans l’ennui absolu.

Dans la salle, certains spectacteurs/trices somnolent, soufflent, ou baillent derrière leur masque (entend-t-on murmurer en pouffant de rire). Le temps parait interminable.

En résumé : Malgré la présence de la comédienne et metteuse en scène Hélène Theunissen (excellente dans les Séries « La Forêt » et « Unité 42 » (mais pas que) ainsi que de l’actrice Isabelle De Beir (nombreux spectacles à son actif et premier prix du conservatoire de Bruxelles en 1990), on reste sur sa faim…

Le côté positif : Le travail scénique, la création lumière, les créations images (vidéos) et le son, qui mettent en valeur ce spectacle. Les effets d’ombres de la mise en scène lors de certains passages des mouvements des corps sur fond de musique méritent le détour. Sans compter la musique, excellent choix !

« Dom Juan, visit now ! », je fuis ou à vous de voir…

Julia Garlito Y Romo et Dominique Bela

Bon à savoir : rencontre bord de scène : mardi 18.01.22
Jeu : Maxime Anselin (Phil), Marie Cavalier-Bazan (Mercédès), Isabelle De Beir (Val), Dolorès Delahaut (Esther), Alexandre Duvinage (Sacha), Mathilde Geslin (Judith), Sylvie Perederejew (Solange), Hélène Theunissen (Cécile), Laurent Tisseyre (Gaël), Laura Zanatta (Billie) / Scénographie : Alicia Jeannin / Costumes : Laurence Hermant / Collaboration costumes : Anne Compère / Lumières : Florence Richard / Création images : Marie Kasemierczak / Direction technique & Régie générale : Stéphane Ledunez / Collaboration à la mise en scène : Stéphanie Goemaere / Conception & Mise en scène : Pascal Crochet avec la participation libre de l’équipe de création

Photo Marie-Christine Paquot

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