« LA VISITE DE LA VIEILLE DAME » : L’EUROPE TOUT ENTIERE EST CHAUSSEE A CREDIT

dame-shz-foto-c2a9zoe-aubry-10«La visite de la vieille dame» – Nicolas Stemann – D’après Friedrich Dürrenmatt – Avec Sebastian Rudolph, Patrycia Ziolkowska et Camilla Sparksss, électro-performeuse – Au théâtre de Vidy, Lausanne – du 16 au 18 novembre 2021

Elle est vieille, cette dame, elle est de retour après 45 ans d’absence. Le village est ruiné. Elle est ultra riche. Elle a été trahie dans sa jeunesse. «Je vous donne cent milliard, et pour ce prix je m’achète la justice»: la mort pour celui qu’elle accuse de l’avoir abandonnée enceinte. Elle jette cela à la communauté entière.

Nicolas Stemann remanie cette pièce créée en 1956 pour la première fois. Sans coupure, omission ou modification significative du texte original, il met en scène la contemporanéité de cette pièce: le biais cognitif qui permet de se donner bonne conscience face aux violations des droits humains. D’un humour décapant associé à un constat sans appel sur la nature humaine, la célèbre tragicomédie de l’écrivain suisse Dürrenmatt est ici magistralement interprétée par une actrice, un acteur et une musicienne.

Une table de mixage mobile, gérée par la performeuse, permet l’habillage sonore en direct. Des images vidéo tapissent épisodiquement les trois murs.

La nudité du plateau laisse toute la place à la virtuosité des deux comédiens. Ils se partagent la trentaine de rôles de la pièce originale. L’une comme l’autre sont époustouflants de fougue et d’intensité, de présence et de maestria. Les adresses au public alternent avec les répliques textuelles, improvisations orales et corporelles s’ensuivent, subjuguant le public qui connait pourtant la pièce par coeur.

L’hypocrisie, thème majeur, mène la danse. Les comédien.ne.s jouent et rejouent tous les rôles. Postures et voix se transforment, induites par un vêtement enfilé ou ôté. Et l’on s’aperçoit que cette pièce publiée en 1955, est terriblement contemporaine. «Chacun espère qu’un autre le fera». Glaçant.

Quelques images projetées le suggèrent : cette vieille dame, aujourd’hui puissante, qui vient demander des comptes sur des faits anciens; cet homme égoïste qui, en d’autres temps, a profité d’elle et l’a humiliée; ces villageois qui veulent bien profiter, mais sans se salir les mains… Le patriarcat? L’Europe? La Suisse? La vague Me Too? Les migrants que l’on abandonne ? La planète en feu? De quel crédit parle-t-on?

Le temps serait-il venu de solder nos comptes?

Ding dong! Un colis pour vous : une paire de chaussures jaunes.

Nous avons beau protester de notre humanisme, l’Europe tout entière est chaussée à crédit.

Culturieuse,
à Lausanne

Photo Zoe Aubry / Vidy-Lausanne

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