« LA DISPARITION DU PAYSAGE » : UN FLUX DE CONSCIENCE ESTHETIQUE QUI PEINE A TOUCHER

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La disparition du paysage – Aurélien Bory – Théâtre des Bouffes du Nord, Paris – du 18 au 27 novembre 2021.

La disparition du paysage est une création de circonstance : l’écrivain belge Jean-Philippe Toussaint, membre de l’académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique et traduit en vingt langues, l’a écrit spécialement pour Denis Podalydès. Le comédien a lui-même demandé à Aurélien Bory de l’accompagner sur la mise en scène et la scénographie. Tout est construit autour de ce texte « neuf » dans l’un des plus beaux théâtres de Paris. Pendant plus d’une heure, le comédien nous embarque dans un flux de conscience intérieure en marge de la vie courante. Les images assemblées par Aurélien Bory suivent avec une remarquable fidélité le fil des pensées. Le résultat est esthétiquement très réussi mais étrangement froid et distant. A force d’introspection entre la vie et la mort, il laisse une partie du public de marbre.

Un homme est assis dos au public dans un fauteuil roulant, face au ciel. Que lui est-il arrivé ? Est-il en train de rêver ? Est-il mort comme il se le demande parfois ? La contemplation du paysage d’Ostende semble le happer tout entier.

Au fond de la scène un écran sert de fenêtre sur le monde, fenêtre qui s’ouvre sur la projection d’un ciel changeant. Elle se transforme en suivant les méandres de la conscience déversée sur le plateau. Le dispositif est astucieux, les animations judicieuses. Elles soutiennent le texte parfaitement, à la fois de manière figurative avec les ciels d’Ostende et de façon conceptuelle avec des choix géométriques. Les enchainements aident au rythme de l’ensemble. Le dénouement est superbement trouvé.

Denis Podalydès aime ce texte et le fait entendre à merveille, sans hésitation aucune, avec une voix posée qui suit les phrases comme des vagues. Il plonge dans l’introspection de ce dialogue intérieur adressé avant tout à lui-même.

Le texte est sans doute passionnant dans son exploration de l’espace entre la vie et la mort. Il se révèle aussi pesant dans son intériorité. Il ne laisse aucune place à l’autre, à celui qui n’est pas le narrateur. Flottant dans un entre deux, le personnage principal semble ne rien éprouver, ne rien ressentir d’autre qu’un étonnement et une interrogation face à sa situation. Il y a bien une progression, rattachée matériellement au chantier du casino, mais l’absence de troubles et de sentiments tient le personnage à distance.

D’aucuns qualifieront ce spectacle d’exigeant, d’autres d’ennuyeux. La réalisation esthétique et le jeu sont remarquables, mais ne suffisent pas à émouvoir, bouleverser ou réfléchir tant le sujet est étroit.

Emmanuelle Picard

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