« ARCHIPEL », ARCHI-TECTONIQUE DES CLASSES ARCHI-CLASSE

archipel-2-emile-zeizigjpg

« Archipel » – Chorégraphie et mise en scène : Nicolas Musin – Direction d’acteurs : Jean Bellorini – Au TNP, Villeurbanne, jusqu’au 14 novembre 2021

Sur le plateau, d’imposantes rampes imitent le mouvement des vagues et constituent le terrain vague idéal pour cette jeunesse qui fait la conquête du vertige à coups de roues et de roulettes. Tandis que rideurs, traceurs et danseurs circulent au sein de cet espace urbain qui nous semble étranger autant qu’étrangement familier, entre ces chaînes de montagne trois comédiens de la “Troupe éphémère » font émerger les “villes invisibles » chantées par Calvino, ces “villes du désir”, ces îles qui supplient Marco Polo de bien vouloir voyager jusqu’à les rencontrer et entraînent tous les jeunes à naviguer. A pieds, en rampant, en dansant, en courant, dans les airs, sur échafaudages, skates ou trottinettes, tous les moyens de locomotion sont bons : mais voyagent-ils réellement ? Leurs va-et-vient transportent-ils autant que de véritables Odyssées ?

L’archipel se compose d’une ribambelle d’îles qu’il est tout à fait possible d’arpenter : Odyssée il y a puisque leurs manières variées et singulières d’habiter la ville se recoupent et se considèrent. Il y a cette scène marquante où les skatteurs tournent avec fluidité autour d’un comédien chanteur avant que ce dernier ne récupère leurs postures de requins pour les encercler à son tour. La séparation cartésienne entre voix et corps imprègne le spectacle sans qu’aucun half-pipe ne soit infranchissable : les comédiens ont tantôt le skate à la main et sont tantôt sur les mains, acrobates. Voyager c’est refuser que les îles soient si éloignées les unes des autres, se dire que rien n’est figé quand le désir forme un pont.

Alors qu’au départ les skateparks ont été créés dans le but d’éloigner des espaces publics des pratiques urbaines certes inventives mais souvent débridées et dangereuses, voilà que le TNP troque ses tréteaux raffinés contre ce théâtre de plein air qui pourrait offrir aux passants un spectacle brut et permanent si les passants n’étaient pas en route vers le TNP. Le voyage, c’est une invitation au voyage. Nicolas Musin participe alors à la dissipation des idées reçues en inventant ce lieu hybride, cet archipel qui regroupe et réunit différentes techniques d’appropriation de l’espace dont l’esthétique particulière émerge du partage même de l’espace.

Pour réaffirmer la proximité entre scène et réel, l’accident vient parfois rompre la délicate monotonie des traversées, mais on ne lui a pas donné à jouer de rôle véritablement singulier comme s’il fallait faire disparaître l’inévitable loupé derrière un nouveau looping, alors que les chutes sont aussi impressionnantes que les figures et auraient gagné à être indispensables, avec un cri, une grimace, pour altérer un peu la sobriété des visages : ils tombent, oui, mais toujours à pic, ça ne nous empêchera pas de tomber amoureux d’eux.

Celia Jaillet

Photo Emile Zeizig

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s