UN « ROI LEAR » DE LAVAUDANT CLASSIQUE ET SANS SURPRISE

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Le Roi Lear – Georges Lavaudant – Théâtre de la Porte Saint-Martin, Paris – du 3 au 28 novembre 2021

Le Roi Lear attire les acteurs en fin de carrière comme un mirage longtemps convoité. Ils attendent souvent d’avoir l’âge du rôle pour se lancer. Après Michel Piccoli et Serge Merlin, c’est au tour de Jacques Weber de se lancer avec Georges Lavaudant à la mise en scène. Soit. La scénographie minimaliste et moderne est construite autour du personnage de Lear. Jacques Weber est dans le rôle, mais ne suffit pas à tenir cette intrigue complexe imaginée par le grand Will. Le texte conservé dans son intégralité parait bien long.

A la fin de sa vie, le Roi Lear décide de distribuer son royaume à ses trois filles, le répartissant à la mesure de l’amour que chacune lui exprime. Ambitions, rivalités et flatteries se déchainent alors, tandis que le vieil homme n’a plus toute sa tête. Son manque de lucidité lui coûtera cher…

Plateau vide ou presque. Les costumes sont modernes, les robes coupées des femmes leur donnent des figures d’amazones. Jacques Weber a la carrure et la présence pour occuper toute la scène. Il a l’âge et la fatigue du rôle, une oreillette en plus pour pallier aux défaillances. Lear est déraisonnable, la place qu’il occupe aussi. L’acteur est bien présent de bout en bout des plus de trois heures de spectacle. Il passe de la colère à la bonhommie, jusqu’à la folie pure avec délectation semble-t-il. Son plaisir est manifeste, celui du public plus discret.

Qu’est-ce qui pousse un homme au seuil de sa vie à n’écouter que la flatterie au point de déshériter sa fille préférée, sourd à toutes les supplications de sa cour ? D’où vient cette folie et comment évolue-t-elle ? Qui sont ces filles aînées et comment en viennent-elles à agir de façon aussi monstrueuse ? Georges Lavaudant prend le parti pris caricatural des ambitieuses inhumaines. Les deux comédiennes qui jouent les sœurs aînées sont dans l’exagération, le cri parfois. L’évolution de leur comportement est difficile à comprendre, le désamour de leurs maris respectifs surprend. Il manque quelque chose pour révéler véritablement l’âme humaine.

Certains rôles sont bien travaillés, plus lisibles dans leur évolution : celui du Comte de Kent ou d’Edgar par exemple passent mieux. Le bouffon fait rire et transcrit bien un humour shakespearien parfois graveleux. Il n’en reste pas moins une version assez scolaire de la pièce, qui enchaine les scènes textuellement sans pour autant donner de souffle de l’histoire et sans interpeller en profondeur.

Jacques Weber a eu son rôle. Le public attendra une prochaine version pour vraiment rencontrer Shakespeare.

Emmanuelle Picard

Photo Bertrand Delous 

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