« MACHINE DE CIRQUE » : QUAND LES ACROBATES ONT DE L’HUMOUR

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Machine de cirque – Vincent Dubé – La Scala Paris – du 3 novembre 2021 au 1er janvier 2022

Venue du Québec, cette Machine de cirque aura dû patienter longtemps avant d’investir les plateaux parisiens, covid oblige. La persévérance a payé : la compagnie réussit le tour de force d’associer performance physique et humour, et montre qu’on peut multiplier les sauts périlleux et finir tout nu derrière une serviette de bain avec la même adhésion du public. Accompagnés d’un musicien batteur et guitariste aussi drôle que talentueux, cinq acrobates-jongleurs-e de équilibristes enchainent des numéros individuels et collectifs avec fluidité, sans se prendre en sérieux et sans que jamais la concentration ne nuise au sens de la fête et du plaisir d’être ensemble. Un très beau moment de cirque.

La « machine » s’incarne par un échafaudage en fond de scène, associé à des poulies, chariots roulants et autre planche à bascule. On est dans la mécanique. Le spectacle démarre en donnant la première place à son musicien illuminé, les yeux fous, qui cherche compulsivement à produire des sons avec tout ce qu’il croise. Ses cinq compagnons l’aident comme ils peuvent à trouver sa voie. La batterie s’installe alors côté cour pour donner le rythme du spectacle, souligner les moments forts et renforcer le côté comique de certaines situations par le bruitage. Les performances physiques peuvent commencer. Les numéros sont décalés, adaptés à cette drôle de structure qui trône sur scène. Les enchainements sont soignés, aucun temps mort, aucune répétition et une vraie progression. Les artistes se soutiennent entre eux aux moments forts. Le collectif fonctionne parfaitement, toujours très présent et soudé.

L’humour n’est jamais loin. Le numéro des serviettes est assurément le plus drôle, désarmant de simplicité et pourtant techniquement difficile. Voir ces cinq « gars » chanter « tout nu tout nu » derrière un morceau de tissu de taille et de forme variables sans jamais dévoiler leur nudité est hilarant. Oui, on peut être un as du jonglage et du saut périlleux et ne pas se prendre au sérieux.

Le final les réunit tous autour d’une planche catapulte, très technique, à couper le souffle. Les acrobates s’envolent, enchainent les figures et retombent exactement sur la planche pour renvoyer leur partenaire dans les airs. Le musicien quitte sa batterie pour les rejoindre et rappelle qu’ils forment avant tout un groupe. Même ceux qui ne sautent pas comptent, font rire et soulignent la performance de leurs compagnons.

Depuis que le cirque s’est dit « nouveau » avec le Cirque Plume sans animaux, cet art se renouvelle loin des clichés de Mr Loyal et des caractères convenus. Certains ont allié esthétique et acrobatie (Plume), d’autres ont lancé des recherches plus intellectuelles (inoubliables Notes on the circus, d’Ivan Mosjoukine, ou Grande). D’autres encore ont rivalisé d’imagination pour décaler le contexte de leurs numéros (la DévOrée), ou se sont associés avec des chorégraphes (Möbius de la Compagnie XY). Machine de cirque, associe quant à lui humour, collectif et performance au sein du même groupe et sans dissocier les rôles. Quelle fraîcheur ! Le public de tous âges adore et applaudit à tout rompre.

Emmanuelle Picard

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