« SLEEPING », AMBITIEUX VOYAGE ONIRIQUE

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« Sleeping » – Serge Nicolaï – Théâtre Monfort, Paris – du 27 octobre au 6 novembre 2021

Pour accueillir « Sleeping », le théâtre Monfort se met à l’heure du Japon : arbre à voeux à l’entrée, menu japonisant et petits drapeaux. Tout est construction dans ce projet de Serge Nicolaï né d’un désir d’explorer les masques du Nô. Ainsi l’ ancien acteur du Théâtre du Soleil part à la découverte de l’œuvre du premier prix Nobel de littérature japonais, Yasunari Kawabata, et de son roman Les Belles endormies. La rencontre fortuite avec Yoshi Oïda, acteur mythique de Peter Brook, achèvera d’ancrer la pièce au pays du soleil levant. Sleeping est un spectacle ambitieux esthétiquement, qui mêle vidéo, musique live et vécu de cet immense acteur japonais. Si le dépaysement est certain, le voyage onirique promis pour revisiter les femmes de la vie d’un vieil homme au seuil de sa mort, n’est pas garanti. Le collage de matériaux d’origine diverses manque de fluidité malgré toute la qualité de présence de Yoshi Oïda

Un vieil homme arrive dans une étrange et énigmatique clinique suisse, où le personnel lui propose de passer la nuit à côté de femmes endormies, fantômes du passé qui viendront bientôt se rappeler à lui.

A 88 ans, Yoshi Oïda sait encore occuper la scène intensément, que ce soit dans un français avec un fort accent, ou en japonais. Il occupe le centre de la scène dans un décor minimaliste, chambre d’hôpital réduite à un lit, des entrées et des sorties. Comme au Théâtre du Soleil, la musique s’invite sur scène avec des percussions qui accompagnent les rêveries et les rencontres du vieillard. La situation est énigmatique, étrange. Cet hôpital a des airs d’hôtel de passe, les femmes sont avant tout objet de désir même si aucune d’entre elles n’est réelle.

Il y a beaucoup d’éléments scéniques recherchés : masques, tirades en japonais, vidéos qui accompagnent chacun des rêves, nudité sur scène. Esthétiquement, les créations vidéos sont belles mais les enchainements d’un rêve à l’autre ne sont pas fluides. Tout semble plaqué, juxtaposé. Embarqué dans une étrange histoire qui peine à convaincre, Yoshi Oïda est bien seul dans son univers japonais. Les femmes qu’il croise ont l’air occidentales dans leurs gestes et leur manière de se déplacer. Le travail sur le masque, cité comme première source d’inspiration du spectacle, est étrangement peu visible sur scène, toute la gestuelle qui permettrait d’animer ces têtes aux expressions figées n’est pas vraiment apparente. Les masques sont plaqués sur les visages et ne font pas vivre les corps.

« Sleeping » a le mérite de faire connaître Yasunari Kawata, auteur japonais publié dès l’âge de seize ans, prix Nobel de littérature en 1968. Son histoire personnelle bâtie sur de nombreux décès dans sa jeune enfance est sans doute une grande source d’inspiration pour son œuvre.

Voilà un spectacle qui peut se targuer d’une construction intellectuelle très élaborée, sans doute trop pour atteindre la vraie fluidité sensorielle à laquelle il aspire pourtant. Dommage.

Emmanuelle Picard

Photo Maria Vittoria Bellingeri

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