MOINS BIEN QUE BAISE-MOI

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« Fuck me » – Marina Otero – Théâtre des Célestins, Lyon, octobre 2021, dans le cadre du festival Sens interdits

Cinq corps d’hommes parfaitement nus viennent habiter le premier tableau sur fond musical très rythmé pour y effectuer la série de grands écarts et chassés croisés dont Marina ne peut plus se charger depuis son grave accident. Immobile dans un coin de la scène, incapable de bouger, de danser, donc d’être femme, elle est nostalgique à la limite du désespoir, et se remémore avec regret les folles partouzes dans l’avion, nous présente sur power-point ses anciennes créations scéniques jusqu’à la dernière vidéo sur laquelle on la voit danser en reine entre les corps débordés par le désir. Tout ça, c’était avant cette hospitalisation qui dans sa voix et ses larmes paraît signer la fin de sa carrière, si bien qu’en présence de toutes ces archives filmées, de son enfance à ces mouvements trop dangereux pour être répétés avec acharnement et pourtant inlassablement répétés, on a la gorge toute nouée, tiraillée entre pitié et fascination pour cette femme si gravement courbée.

La metaphorisation de ses douleurs est prise en charge par ces cinq hommes presque esclaves au bout de leurs oreillettes : jolie, la scène rouge et noire où sa colonne vertébrale ondule à partir des collants tenus entre leurs dents, jolis ces corps dans leurs sacs plastiques avec briquets de concerts de rock en flambeaux, jolis oui, mais rien de sublime quand tout est aussi gratuit. Le tout manque de tenue tant les scènes s’enchaînent sans cohérence à la queue leu leu, Requiem for a dream avec clairs obscurs et flashs de lumières, enregistrements plaintifs sur lit d’hôpital intéressants seulement d’être authentiques, orgueil boursouflé moins bien justifié que celui d’Angelica Liddel qu’elle cite, courses gratuites dans le public, hurlements fous, nudité, on nous en met plein la vue, mais ce sont plutôt nos oreilles qui s’empiffrent ! (voici d’ailleurs la meilleure chanson du spectacle, composée pour l’occasion : https://youtu.be/3t5NoCnwlo )

Le festival Sens Interdits a l’immense mérite de remplir a plus de 40% ses salles de jeunes gens comme moi et à la fin il y eût une énorme explosion d’applaudissements pour cette pièce confrontant la jeunesse à l’imminence de sa perte et alliant (avec beaucoup de maladresses selon moi) la douleur, l’impuissance, les regrets et les larmes faussement essuyées, avec l’exubérance baroque démesurément obscène, sexy et cynique. Le délire était tel qu’il s’est produit un véritable miracle sur scène : Marina Otero la grande infirme s’est mise à faire des galipettes encore plus impressionnantes que celles réalisées par son fan-club des cinq.
Elle nous a bien eu.

Célia Jaillet

Photo Diego Arista

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