« SOUL CHAIN » : UN CHOEUR DE DANSEURS NOMME DESIR

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« Soul Chain » – Sharon Eyal – Le Cent-Quatre Paris – du 27 septembre au 1er octobre 2021

La chorégraphe Sharon Eyal, passée par la Batsheva Dance Company, s’est infiltrée dans les programmes du Festival d’été (Love Letters #2), au Théâtre de la Ville « délocalisé » et même à l’opéra de Paris cette année (soirée Ashton, Eyal et Nijinski). Découvrir son travail est un vrai plaisir, tant le langage qu’elle développe est singulier et puissant. Soul Chain, créé avec la compagnie allemande TanzMainz, est finalement proposé au Cent-Quatre. Dix-sept danseurs investissent le plateau et donnent vie à un corps désirant et passionné au rythme d’une musique techno très rythmée. Ils se donnent avec générosité dans une aventure éreintante qui soulève l’enthousiasme du public.

Dans le programme, le chœur des danseurs est présenté comme autant de cellules d’une même chair, mues par l’amour, qui est « un désir irrépressible, presque animal, mais terriblement solitaire de s’élancer hors de soi. »

Les danseurs sont vêtus de justaucorps couleur chair et de grandes chaussettes remontant jusqu’aux genoux. Les cheveux sont tirés, rien ne dépasse. Première singularité qui se retrouvera tout au long du spectacle : ils se déplacent sur la pointe des pieds, dispositif simple au premier abord mais qui contribuera à l’épuisement progressif des corps. Les entrées sont d’abord timides, par petits groupes. Les mouvements sont précis et petits pour commencer, avec des variations minimes qui attirent le regard. Ces gestes forment un langage, une écriture reprise et enrichie tout au long du spectacle pour lui donner une unité remarquable. Le groupe se retrouvera bientôt uni comme un cœur battant.

La suite est un dialogue continu entre un ensemble et un être singulier : l’un après l’autre chaque danseur se détachent avec sa propre gestuelle, intense, pendant que le reste du chœur continue à battre de multiples façons. Le désir est palpable, puissant. L’œil du spectateur va de l’un à l’autre, les interventions individuelles maintiennent constamment l’attention.

L’une des parties les plus touchantes est la bascule de la musique vers du tango, doux, encore plus désirant. Les mouvements en sont magnifiés. Si la techno est très efficace pour rythmer les battements de ce chœur – cœur, elle peut aussi lasser à la longue, seul regret d’une soirée magnifique.

Au fur et à mesure, la fatigue arrive inéluctablement. Les maillots sont trempés de sueur, la musique de faiblit pas, au contraire, et continue à rythmer violemment les interactions. L’éclairage sculpté avec précision autour du groupe se resserre jusqu’à marquer la fin sur une troupe exténuée. Le public applaudit à tout rompre, fasciné par la singularité de cette écriture, l’énergie qui envahit le plateau et la générosité des artistes qui se sont donnés sans compter.

Allez découvrir Sharon Eyal, son travail ne ressemble à aucun autre et mérite le déplacement.

Emmanuelle Picard

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