« ET D’AUTRES QUE MOI CONTINUERONT PEUT-ÊTRE MES SONGES » : RÉVEILLER LE RÊVE EVEILLÉ DU TNP

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« Et d’autres que moi continueront peut-être mes songes » – La Troupe éphémère 2021 – mise en scène Jean Bellorini – TNP Villeurbanne – Du 20 au 26 septembre 2021

A la tête du TNP, plusieurs visages se sont succédé parmi lesquels Firmin Gémier et Jean Vilar se sont démarqués par leur volonté de créer un théâtre incarnant au mieux le mot “magnifique et méprisé” de populaire : un endroit où pourrait se réunir le peuple tout entier, peuple qui n’a rien d’une “catégorie sociale” selon les dires d’un de ces directeurs mais qui se compose “des humbles et des puissants, des pauvres et des riches” bref de contrastes à mettre en lumière. Le nouveau directeur Jean Bellorini choisit de faire porter les idéaux parfaitement d’actualité de ses prédécesseurs par de jeunes adolescents recrutés dans la rue comme il faudrait toujours le faire pour que le théâtre demeure populaire, c’est-à-dire mouvant, naissant, incandescent.

Leurs théories politiques sont remises au goût du jour, au goût du jeu, même s’il aurait peut-être fallu mettre des bouchées doubles pour le public à qui ces grands noms de Vilar ou de Gémier sont inconnus. Heureusement, entre tous ces grands discours à la Piscator, on nous dévoile les correspondances que nos directeurs entretiennent sans pudeur ni cérémonie avec leurs acteurs, leurs actrices : Jean Vilar se fait engueuler par Gérard Philipe, Maria Casarès explique que le rôle de Phèdre était qualifié “d’injouable” par Sarah Bernhardt et voudrait donc des répétitions supplémentaires, Georges Riquier se plaint de n’avoir à jouer que de “petits rôles”, et à la fin de chaque lettre, ces tendresses, ces sourires, juste au-dessus des signatures.

Alors, pour rendre hommage à tout ce beau monde, les jeunes comédiens jouent à la file indienne Phèdre, Chimène, s’emparent de costumes accrochés à de longs fils pour les faire léviter, valser, virevolter, tomber, se regardent dans le miroir immense et un peu gratuit avec tous ses néons, et dansent, et récitent les textes qui décrivent l’idéal, la scène, le rôle dont ils sont l’incarnation. C’est beau, et d’autant plus beau lorsque le public s’incorpore au reflet en faisant son grand tonnerre d’applaudissements au nom de cette fête populaire, de ce sublime et impossible théâtre populaire qui nous a montré fièrement son orchestre itinérant et ses costumes bariolés, et même si on a pas tout compris, même si populaire n’est rien qu’un mot, le mot est beau, « magnifique plus que méprisé », et le spectacle est beau, et on se lève d’un beau pied, et on fait du bruit beaucoup de bruit pour beaucoup jusqu’à réveiller les songes qui se continuent en vrai.

Célia Jaillet

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