« TROPIQUE DE LA VIOLENCE » : HAPPY END ?

tropique

TROPIQUE DE LA VIOLENCE – Alexandre Zef – Du 13 au 24 septembre 2021 au Théâtre de La Cité Internationale, Paris

Le mot qui vient en sortant du spectacle, mis en scène par Alexandre Zef, « Tropique de la violence », est : différent. Différent de tout ce qu’on voit sur les scènes en ce moment à la fois dans sa forme et dans le fond…

Sur le fond d’abord, parce que le texte de Nathacha Appanah est proprement éclairant sur la situation à Mayotte. Il possède aussi une véritable poésie contemporaine avec un phrasé des comédiens, tous magnifiques, portés par la personnalité solaire et diabolique de Mexianu Medenou, ancien élève de l’école du TNS, qui incarne avec maestria Ismaël Saïd Brousse, le roi de Gaza, le nom d’un quartier de Mayotte dont il est question dans ce texte.

Parler des terres éloignées qui sont la France – et comme ne manque pas de le rappeler un joli panneau tricolore « et le restera toujours » – est assez rare et le faire pour décrire et dénoncer l’abandon dans lequel ils sont, notamment Mayotte dont l’autrice dit que tout est imaginé pour une population de 200 000 habitants mais qui en accueille le double – notamment venus des Comores voisines –clandestines, toutes laissées dans une pauvreté qui gangrène ce territoire, générant la violence et l’éclosion de personnages comme Ismaël qui règne en maitre sur ce petit monde des bas-fonds.

Différent aussi dans la forme car Alexandre Zef utilise la grammaire de la mise en scène contemporaine mais pour y inclure des effets justes et nécessaires.

Un tulle à la face, souvent, c’est un frein à l’émotion, ça met une distance entre le spectateur et les comédiens. Là, c’est parfaitement justifié, car le metteur en scène et son scénographe Benjamin Gabrié, s’en servent pour créer un climat qui nous fait ressentir pleinement où se passe l’action. Cela créé l’empathie qui nous plonge littéralement au cœur de la situation décrite par l’autrice qui sait installer une situation qui oppresse et rend curieux.

Alexandre Zef ne se facilite pas la tâche par ailleurs puisque l’essentiel de l’action se passe dans l’eau. Il pleut même sur le plateau et ce n’est pas de trop, cela sert le jeu des comédiens qui sont engagés pleinement dans cette tragédie d’un territoire d’outre-mer.

Il y a crime.

Moïse, Momo, le petit noir adopté par les blancs tue son bourreau : est-ce un crime ? est-ce de la légitime défense ? L’aura du Roi de Gaza entraine un risque de punition collective, mais finira-t-on pas liquider le coupable, Moïse ? « Est-ce qu’on a une odeur particulière lorsqu’on est assassin », demande Moïse ? Et le jeune homme, magnifiquement interprété aussi pas Alexis Tieno songe dans sa prison et on entrevoit bien le décalage entre le puissant Ismaël et le faible Momo qui sera particulièrement humilié par ce personnage puissamment malsain…

Tous les outils à la disposition du metteur en scène sont utilisés et servent simplement une dramaturgie et le jeu des comédiens, jusqu’aux chants qui détachent l’attention de la dureté de la langue et de l’action…

Pourra-t-on résoudre la situation catastrophique avec « le Mouvement pour une Alternative non violente ? » ce Man saura-t-il faire cesser ces abus, cette misère qui sert bien des gens ? Nathacha Appanach tend des perches mais offre la fiction à une situation bien dramatique.

Un spectacle coup de poing comme il en faut pour prendre conscience du monde, de notre république et de ses territoires qui ne sont pas sous son nez mais qui imposent d’être d’autant plus présents en pensée et par l’action, ce que montre avec brio ce travail parfaitement maîtrisé par toute la compagnie de la Camera Oscura.

Emmanuel Serafini

En tournée :
Le 9 octobre 2021 : théâtre Romain Rolland, Villejuif (94)
Le 9 novembre 2021 : l’EMC, Saint-Michel-sur-Orge (91)
Les 13 et 14 octobre 2022 : Théâtre de Metz

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