« MISERECORDIA », FORMIDABLE SOLIDARITE DES MERES PALERMITAINES

MISERICORDIA

FESTIVAL D’AVIGNON. « Misericordia » d’Emma Dante – Festival d’Avignon – Gymnase du Lycée Mistral à 15h les 16, 19, 21 et 23 juillet 2021.

Coup de cœur du public et des critiques dans ce Festival 2021, Emma Dante subjugue et fascine avec « Misericordia », pièce courte d’une heure mais d’une incroyable densité tant sur le plan artistique que par l’émotion qu’elle procure.

Sur fond de scène, trois italiennes du sud – qu’on imagine palermitaines – papotant, se chicanant, s’aimant, tricotant inlassablement à un rythme effréné et, avec elles, un jeune enfant, habillé d’une robe trouvée par l’une de ces femmes dans une poubelle. Ce jeune, on le comprend très vite, est atteint de déficience mentale et les trois femmes, comme des mamans par procurations, s’occupent de lui avec le très peu de moyens que leur offre la vie. Le public comprend peu à peu toute l’horreur du destin de cet enfant et des difficultés de ces trois mamans qui doivent s’en séparer pour lui offrir une vie meilleure.

Ici peu d’effets sur scène pour représenter la pauvreté mais surtout l’immense amour de ces trois mères pour ces enfants différents. Tout n’est là qu’affaire de talent, d’abord des trois comédiennes, Manuela Lo Sicco, Italia Carroccio et Leonarda Saffi, virevoltant, passant d’un registre à l’autre avec une grâce et un naturel infinis et enfin de l’irradiant comédien Simone Zambelli qui, par sa seule gestuelle, oscille à volonté entre réalité et imaginaire de cet enfant « pas comme les autres » et qui entraîne avec lui les trois comédiennes dans ses imaginations loufoques et poétiques. Danse, percussions, chicaneries, tout est prétexte à nous conter ce destin déchirant mais où la vie et l’amour prévalent sur tout. Emma Dante et ses comédiens entraînent la salle entière avec eux, remplie d’empathie mais sans jamais tomber dans le pathos. Il y a la vie, dure et injuste, mais avant tout beaucoup d’amour montré sur scène. Il y a cet enfant, muré dans son silence, mais dont les rêves explosent sur scène comme un feu d’artifice qu’on regarde les yeux humides.

Un immense moment de théâtre d’une rare beauté qui ne peut que toucher, tout à la fois profond, drôle, intelligent et poétique.

Pierre Salles

Photo Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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