« LES BONIMENTEURS », CONTE MALEFIQUE EN TECHNICOLOR DE CAPDEVIELLE

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CRITIQUE. «Les Bonimenteurs» créé et interprété en collaboration par Jonathan Capdevielle, Arthur B. Gillette, Jennifer Eliz Hutt – Au théâtre de l’Arsenic, Lausanne, du 29 avril au 2 mai 2021

Le public masqué de l’Arsenic est prié d’embarquer pour l’année 1977. Quelques repères d’actualités de l’époque nous sont donnés par l’équipage, dont la pire catastrophe accidentelle de l’histoire de l’aviation (on sera averti) et, accrochez votre ceinture, destination Suspiria!

Si vous êtes cinéphile et pas si jeune, ce titre, Suspiria, vous évoquera quelque chose. Devenu culte, ce film de Dario Argento est considéré comme étant un chef d’oeuvre avant-gardiste du film d’horreur trash, genre slasher movie.

L’idée géniale du trio créateur est la sonorisation en temps réel des paroles et bruitages de ce cauchemar paranoïaque kitsch, dont la narration est revisitée au ketchup contemporain. Le film est projeté sur une gaze partageant le plateau. Au temps du cinéma muet, le bonimenteur était celui qui racontait le film. Les trois comédiens/bonimenteurs/musiciens sont présents sur scène, Capdevielle et Hutt devant l’écran et Gillette derrière, que l’on devine parfois en transparence.

Le film conte l’arrivée d’une jeune fille étrangère, Jessica, sorte d’Alice au pays des horreurs, dans une Académie de danse réputée. Qui devient dans cette version «l’Institut du Mouvement Contemporain» de Lausanne. Hanté par un Mal invisible, l’endroit est le lieu de crimes horriblement sanglants dont la mise en scène esthétique outrancière est soulignée par les bruitages, cris et gémissements très réalistes des comédien.ne.s.

Le discours-doublage est une suite d’instants hilarants, émaillé de clichés sur l’art contemporain, d’un fragment de récit décrivant les influences de l’opium, de chansons originales, et d’une rencontre de Jessica avec deux hypothétiques Dario Argento, l’un jeune et l’autre âgé, qui lui parlent du film.

Les rôles du film sont presqu’exclusivement féminins. Les rares éléments masculins sont un domestique (renommé Foofwa!), un pianiste aveugle ou encore un éphèbe italien ne parlant que par nombre. Dans cette version remaniée, la directrice est pour le moins vénale et préconise la fusion des genres artistiques pour augmenter les profits. La professeure en cheffe, corsetée dans un strict tailleur, est inquiétante comme une sculpture en os de Jan Fabre (dont elle porte le nom). Les noms d’artistes contemporains cités ici et là provoquent les rires entendus d’un public averti. L’amie de Jessica est d’ailleurs rebaptisée Maria (La Ribot!).

Il faut citer les décors du film, l’emploi symbolique de ses couleurs, l’architecture monumentale et géométrique, l’aspect baroque sombrement rougeoyant de l’image, les labyrinthes anxiogènes qui sillonnent le bâtiment, l’ensemble brossant une ambiance totalement surréaliste. Bruitages et musiques réalisés en direct ajoutent un humour irrésistible à ce conte infernal.

Les trois acteur.rice.s infiltrent peu à peu le déroulement de la projection jusqu’à en devenir, non plus uniquement des voix, mais les protagonistes physiquement impliqués. Un brouillard se déploie lentement au-dessus du public. Entre un étal de boucher (ou table d’autopsie) et une transe punk rock, ce conte maléfique en Technicolor se termine par un incroyable concert final trash, offert par les interprètes en direct… qui laisse pantois!

Culturieuse

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