« ANDROMAQUE A L’INFINI », ET A TOUTE BERZINGUE

CRITIQUE. UNE SEMAINE D’ART EN AVIGNON : « Andromaque à l’infini » d’après Jean Racine – Mise en scène de Gwenaël Morin – spectacle itinérant du 24 au 31 Octobre à 18h00.

Comme à son habitude et depuis un certain temps Avignon met le pied à l’étrier à de jeunes comédiens issus de différentes structures. C’est cette année au travers du programme « 1er Acte » initié par le Théâtre
National de Strasbourg et Stanislas Nordey que le Festival a donné carte blanche au metteur en scène Gwenaël Morin. Décidé de travailler sur le rythme, le metteur en scène propose une adaptation resserrée d’Andromaque de jean Racine interprétée « au grand galop ». Une option qui peut éloigner du texte, qui place l’action au second plan mais qui fait ressortir le rythme musical des alexandrins et la force des personnages.

Monter une telle œuvre en 1h10 avec seulement trois comédiens n’est pas chose aisée mais le choix d’une scénographie en dispositif bi-frontal rend le public très proche des comédiens et donne à l’ensemble un souffle et une unité. Malgré quelques minces incertitudes de jeu des jeunes comédiens, l’adhésion en ce souffle commun est rapide. Gwenaël Morin a d’ailleurs pris le parti d’une distribution tournante où chaque soir les trois comédiens endossent des rôles différents. Outre la difficulté évidente de l’apprentissage complet d’un tel texte, cette option permet avant tout un engagement total des comédiens et une immersion dans chacun des quatre personnages principaux. Sans décor et sans costumes, le metteur en scène a misé uniquement sur le jeu des comédiens et sur un texte scrupuleusement respecté et dit à un débit effréné qui privilégie le rythme et la musicalité au détriment du sens. Procédé, qui, même s’il a ses limites, fonctionne bien ici et permet aux spectateurs de se rapprocher encore un peu plus du ressenti des comédiens sur scène et de l’univers qu’ils ont su créer au fil des répétitions dans un travail commun et au travers d’émotions partagées.

Dans trois registres assez différents, les comédiens Mehdi Limam, Emika Maruta et Sonia Hardoub interprètent les personnages principaux et offrent un ensemble assez cohérent et homogène. Emika Maruta est bluffante par l’incarnation qu’elle sait donner à son personnage. Mehdi Lima, qui interprétait ce soir-là les rôles clés d’Andromaque et d’Oreste, produit le jeu rythmé et musical souhaité par le metteur en scène tout en y apportant toutes les nuances nécessaires tandis que Sonia Hardoub restait plus dans la retenue, offrant ainsi un contrepoint intéressant. Donnant le tempo du spectacle et intervenant dans les rôles des confidents, la comédienne Barbara Jung assure le déroulement de l’action tout en laissant l’espace nécessaire pour mettre en valeur le jeu des trois jeunes comédiens.

Gwenaël Morin, le TNS et la Semaine d’Art en Avignon offrent là une belle façon, directe et brute, de permettre à ces comédiens de se confronter au cœur du théâtre, au plus près de ce texte mythique et du public.

Pierre Salles

Photo Christophe Raynaud De Lage

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