« DANS LA SOLITUDE DES CHAMPS DE COTON », UN TIMAR BIEN TREMPE

CRITIQUE. Dans la solitude des champs de coton – Texte de Bernard-Marie Koltés – Mise en scène Alain Timar – Comédiens : Robert Bouvier, Paul Camus avec le musicien Pierre-Jules Billon ( batterie) – Théâtre des Halles, Avignon – Du 24 au 26 octobre 2020.

La scène : un vaste espace encombré d’un fauteuil délabré ; une friche industrielle sans doute, propice à un repaire pour tous les trafics tant le lieu, glauque, est manifestement un lieu d’échange. Un homme paraît guetter nerveusement l’endroit. Un individu en costume cravate entre a pas rapide, pressant contre lui un porte document. Il ne semble pas à son aise. Que cherche t’il ?

« Si vous marchez dehors, à cette heure et en ce lieu, c’est que vous désirez quelque chose que vous n’avez pas , et cette chose, moi, je peux vous la fournir« .

Une tension s’installe. Le dealer et le client se rencontrent. Aucun doute sur la proposition. C’est manifestement un lieu d’échange pour une « marchandise » à échanger avec un client…en rupture ! On ne sait pas quel est l’objet du desir ! On l’ imagine. L’hypothèse la plus vraisemblable c’est qu’il s’agit d’un « objet de plaisir » que lui, le client, n’a pas. Progressivement se met en place un rapport de domination bien que la question de l’altérité soit rapidement éludée. Il y a un certain type de violence en tant qu’elle est adressée à un autre – le client, dans son coin où il ne veut pas nécessairement se reconnaître (en manque de quoi que ce soit), mais où il est, il s’apparente à une identité molle.

Tour à tour va s’installer un rapport de domination. Pour le dealer, c’est plus facile d’instituer un rapport de domination par celui qui sait définir le désir de l’autre parce que c’est lui le marchant impliqué, dans sa transaction commerciale. Mais, pour l’autre, sa volonté c’est de ne pas être d’accord, de ne pas se soumettre : « quoi qu’on me proposa ç’aurait été comme le sillon d’un champ trop longtemps stérile par abandon ».

Le jeu des regards va venir suppléer ce que les mots ne peuvent pas dire et chacun des protagonistes va se sentir exister à travers le regard de l’autre dans un questionnement sans cesse redistribué. L’objet du désir va alors être une possession commune. Tour à tour chacun va exploiter ses peurs, sa violence, ses propos empreints d’érotisme et de sensualité.

Tout y passe. L’hostilité est patente. Comment mobiliser ses moyens disponibles au profit de la satisfaction et du bien être ?
Que veut le  » dealer » ?
Que veut le « client  » ?
Alors, quelle arme ? Dit le client.

Robert Bouvier, Paul Camus sont parfaits. Ils jouent une partition où la lutte verbale et physique est d’une intensité palpable, accentuée par les solos de batterie de Pierre-Jules Billon.

A voir.

André Michel Pouly

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