« SANG NEGRIER », LA FOLIE MOZAMBIQUE

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CRITIQUE. « Sang négrier » adaptée du recueil « Dans la nuit Mozambique » de Laurent Gaudé – mise en scène Khadija El Mahdi – durée : 1h10 –Théâtre Benoit XII – programmation des ATP, Avignon.

L’histoire se déroule à Saint-Malo, à la fin du XVIIIe siècle, où le commandant d’un navire marchand d’esclaves à la peau noire y fait escale. Cinq de ses prisonniers s’évadent du fond de cale, commence alors une chasse aux « nègres » sans pitié… Quatre d’entre eux sont rapidement retrouvés, abattus ou décapités sauvagement, sans la moindre humanité. Le dernier des esclaves en fuite, sans doute plus rusé ou doté d’un pouvoir maléfique, ne se laisse pas attraper si facilement. Les villageois s’unissent et mènent alors une battue des plus enragées. Ce dernier laisse des indices de son passage qui tourne au cauchemar. En effet, le fugitif pernicieux cloue un à un ses doigts comme une sorte de malédiction sur les portes des habitants, s’en suit un malheur juste après chacune de ces découvertes …

L’atmosphère est sombre, dans un décor épuré où des bouts de bois sont assemblés entre eux et se transforment au besoin de la situation, un arbre au fond, une table au premier plan et un seul en scène pour incarner tous les protagonistes.

Le narrateur nous embarque rapidement comme dans un conte et capte l’attention du public, en haleine devant le récit. Les dialogues, les personnages en fondus enchaînés, campé par le comédien doté simplement d’un costume représentatif de cette époque ancienne. Vient alors le moment où tous comprennent que le récit prend une tournure monstrueuse avec cette chasse à l’homme, la monstruosité humaine qui rejaillit, l’abus du pouvoir d’être riche et blanc en devient dérangeant, voire écœurant, au fil de l’histoire.

Sans nul doute, c’est grâce au talentueux comédien Bruno Bernardin qui a d’ailleurs obtenu le « p’tit Molière » pour son interprétation à qui l’on doit le mérite de nous emmener auprès de lui dans cette folle histoire macabre, sans relâcher ni le rythme ni la soutenance d’un suspense final. Il incarne avec brio l’ensemble des personnages, aucune fausse note pour un spectacle qui a subit lui aussi le confinement.
A la mise ne scène Khadija El Mahdi offre son talent sur la scène du Benoît XII, déjà encouragée par le Ministère de la Culture, elle obtient elle aussi le « p’tit Molière » pour cette mise en scène qui confirme les espoirs escomptés en elle.

Ces deux talents une fois réunis pour « Sang négrier », parviennent au-delà du conte macabre, à nous amener dans un présent perturbé de faits proches, au travers de ce conte ancien, et à nous questionner sur les privations de liberté imputées par force, nous prouvant ainsi que la peur peut hanter jusqu’à la folie des personnes. Un spectacle à découvrir.

Béatrice Stopin

Photo UsofParis

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