AU SUD, LES FESTIVALS TIENNENT BON !

publié le 6 avril 2020 à 9h – modifié le 7 avril à 9h30
CORONAVIRUS : AU SUD, LES FESTIVALS TIENNENT BON !

«  Le juste espoir est prompt et vole avec des ailes d’hirondelle  »
– William Shakespeare

Enfin une bonne nouvelle ! Malgré cette crise sanitaire inédite, les acteurs de la Culture et de l’Evénementiel n’en démordent pas : les grands festivals de la région Sud auront lieu. Avignon, Aix, Orange, Arles, La Roque d’Anthéron, Vaison, Marseille… Pour l’instant tous les grands festivals du Sud maintiennent leur programmation et travaillent d’arrache-pied à en moduler les modalités de réalisation.

Certes, pas toujours dans des conditions idéales : les créations programmées du Festival d’Avignon vont souffrir du manque de répétitions. Comme de problèmes de montage des installations : la Cour d’Honneur, pour exemple, nécessite 2 mois d’installation ; les Lycées et collèges sont ouverts aux élèves jusqu’au 4 juillet… Cela nécessite quelques adaptations. Et il est fort probable que certaines de ces créas soient annulées. Comme certains spectacles dont les intervenants viennent de régions du monde tardivement confinées : ceux d’Afrique ou d’Amérique latine, par exemple… Mais le reste de la programmation tient, en tout cas c’est ce que pense Paul Rondin, directeur délégué du Festival, dans une interview publiée ce 3 avril dernier. Quant au directeur artistique du Festival, Olivier Py, il n’en doute pas un instant : le Festival aura lieu.

D’autant que la plupart des spectacles « phares » du Festival se jouent en plein air… Ce qui n’est pas le cas du OFF, l’immense majorité se donnant dans des salles fermées. Reste à savoir si le public suivra… Le OFF, par la voix de son président, pense que oui, et du coup, maintient également sa tenue. Même si certaines compagnies ne pourront pas jouer, même si certaines salles ne pourront ouvrir : tous les squatteurs d’écoles et de lieux scolaires, comme le Collège de la Salle ou Présence Pasteur, auront beaucoup de mal à ouvrir avant le 6 ou 7 juillet au minimum, ces écoles devant rester à la disposition des élèves jusqu’au 4. Cela amènera peut-être ces directeurs de lieux à penser autrement leur « métier » de loueurs de créneaux du OFF les prochaines années… et aux compagnies qui leur ont acheté des créneaux à se repositionner plus prudemment sur de véritables théâtres.

Quoiqu’il en soit, que le OFF joue ou pas, cette crise va complètement reconfigurer ce festival, n’en doutons pas. Ces minables petites salles de 49 places, ces « garages » opportunément ouverts en juillet uniquement pour encaisser les locations de créneaux, dangereux en termes d’exiguïté et donc de promiscuité, contrevenant aux règles minimales de sécurité du public, devraient, sinon fermer (ce qui serait une avancée considérable et qui risque fort de leur arriver, le public comme les artistes hésitant peut-être dorénavant à fréquenter de tels lieux de confinement), au moins revoir leur fonctionnement en profondeur. Tout comme beaucoup d’autres salles, plus grandes, mieux équipées certes, plus contrôlées sans doute, mais dont le seul esprit d’opportunisme mercantiliste régit leur existence au mépris de l’art et du public. AF&C, l’association « régulatrice » du OFF devra elle-même se remettre en question, revoir sérieusement le principe même de ce « marché » sauvage et dérégulé, hyperlibéral, qui tourne uniquement pour le profit de quelques loueurs de créneaux, d’hébergeurs et de commerçants au détriment de la création théâtrale. Et cesser de laisser filer l’expansion incontrôlable de ce « festival » devenu ingérable et monstrueux.

Mais continuons notre revue des grands festivals du Sud : Pour le Festival d’Aix, même analyse qu’à Avignon : le prestigieux festival d’Art Lyrique maintient ses positions et programmations. Simon Mc Burney qui doit y conduire une mise en scène n’a à cette heure toujours pas annulé sa participation… Tout comme Orange et ses Chorégies, dont il faut préciser qu’elles s’étalent sur l’été et ne comptent qu’un nombre restreint d’opéras (deux l’an passé, dont une production « maison » du directeur artistique des Chorégies). Ou encore La Roque d’Anthéron, le festival international de piano, au renom indiscutable, dont les concerts -souvent des solistes, la plupart français qui plus est, donc sans souci d »importation », se donnent en plein air… Simplement, tous les organisateurs adaptent leurs programmes, avec moins de venues d’artistes étrangers, et un recentrage sur des productions françaises.

Les exemples de Bayreuth ou d’Edinburg, qui ont purement et simplement annulé, ne les découragent visiblement pas : le Fringe d’Edinburg est victime de l’impréparation hallucinante du Royaume-Uni au Covid-19 : si il a annulé, c’est qu’il n’a fait que se conformer à l’interdiction (tardive, trop) du gouvernement britannique de toutes manifestations jusqu’en septembre. Quant à Bayreuth, la prudence financière frileuse toute germanique de ses organisateurs parle d’elle-même… A leur décharge, un festival lyrique engage d’énormes frais en amont (décors, cachets exhorbitants des chanteurs…).

Arles maintient également ses RIP, même si le montage des expositions, relativement lourd techniquement, a dû être optimisé. Mais les tireurs continuent plus que jamais de finaliser les épreuves papier. Le travail de préparation des festivals continue donc, tout comme pour Vaison-Danse et même le Festival de Marseille, qui n’est pourtant pas le mieux placé en termes de calendrier. Les Suds à Arles, aussi maintiennent leur festival qui se tient la semaine du 14 juillet, malgré les problèmes de visas et séjour des artistes, puisqu’étant un festival des musiques du Monde -un des meilleurs de la planète, soit dit en passant- avec de nombreux intervenants en provenance des quatre coins des continents. Hélas, Le Printemps des Comédiens à Montpellier, quant à lui, initialement prévu fin mai, a jeté l’éponge ce 7 avril, comme prévisible… Mais dans l’ensemble, à l’exception de ceux programmés fin mai ou en juin, les grands festivals du Sud de l’été tiennent le cap, et confirment à ce jour leur tenue.

De toutes manières et selon tous les « experts » médicaux, nous devrions être, début juillet, depuis quelques semaines sortis de cette « crise sanitaire » qui, très objectivement, nous semble un peu surjouée médiatiquement et politiquement. Soyons lucides : la grippe espagnole de 1918 aura fait 100 millions de morts estimés, plus près de nous, Ebola plus d’1 million de morts en Afrique de l’Ouest. Encore plus éloquent, le virus de la grippe tue chaque année 10 à 12 000 personnes rien qu’en France, et plus de 100 000 personnes en Europe chaque hiver. En fait-on le décompte journalier ? Sans parler des tués dans les accidents de la route (30 000 chaque année en France) ou les morts du cancer (72 000 en France chaque année) ? A ce jour au 7 avril 2020, après 4 mois de pandémie, l’OMS comptabilise 70 000 morts dans le Monde… C’est certes dramatique, c’est certes beaucoup trop, au regard du malheur des proches affectés par la disparition brutale de l’un des leurs, pour lesquels évidemment nous ne pouvons qu’avoir empathie et compassion. Bien sûr, ce triste bilan n’est que provisoire, le décompte macabre ne pouvant que s’accentuer. Mais ce confinement arbitraire décidé unilatéralement par les chefs de gouvernements de la moitié de la planète l’est tout autant qui va laisser sur le carreau des millions d’emplois, et en France au moins, particulièrement ceux de la Culture. Le confinement, un remède plus dangereux que le mal ? En tout cas, paralyser économiquement plus de la moitié du monde semble un pari très risqué.

Mais soyons positifs et acceptons bon gré mal gré cet arrêt total de l’activité humaine doublé d’une privation de liberté inédite, un cas unique dans l’histoire récente de l’humanité. Si c’est la seule solution efficace selon l’OMS, pourquoi pas. Pourvu que l’on en sorte rapidement, car les dégâts en termes de santé mentale, de vie sociale, de rapports à l’autre, de déscolarisation, de féminicides, d’enfance maltraitée, d’abandon à leur sort des populations fragiles (Roms, migrants, réfugiés dans les camps des ONG, habitants des favelas et bidonvilles…) et bien sûr d’économie réelle risquent fort d’être irréversibles, au minimum laisser de graves séquelles.

Donc, pour l’instant, les festivals continuent d’y croire. Ou le disent, en tout cas… Certes, il reste à savoir si le public aura le goût, après 6 ou 8 semaines de confinement de retrouver le plaisir de l’art et du théâtre… Nous pensons, à l’instar de tous les directeurs des grands festivals du Sud, que oui. Après cette épreuve forcée, cette atteinte insupportable à nos libertés d’aller, de circuler, de créer, de penser par nous-mêmes, nous osons croire qu’il sera vital pour tous de se retrouver et enfin partager l’art et la Culture, dans une grande fête résiliente.

Marc Roudier

Lettre ouverte du Festival d’Avignon reçue le 6 avril à 19h37 :

Chères amies, chers amis,
Vous parler, vous donner des nouvelles, vous faire rêver si nous le pouvons, cette lettre d’information nous est plus précieuse que jamais.
Le présent est devenu absolu, l’angoisse d’être ne peut plus fuir le miroir, elle est enfin obligée de se regarder en face, de puiser dans sa solitude une intime conviction, sans esquive possible dans le mouvement ou l’hyperactivité. Faisons un bien de cette contrainte, retrouvons-nous avant de pouvoir nous rassembler.
Aucun élément objectif ne nous permet de prendre la décision d’annuler le Festival d’Avignon 2020.
Le Festival d’Aix, les Rencontres d’Arles ou les Nuits de Fourvière restent sur la même ligne. Nous sommes donc au travail et préparons la 74e édition, c’est notre responsabilité. Ce qui précède à ce jour et à cette heure. Seules les autorités sanitaires pourront évidemment dans les semaines et les mois qui viennent faire évoluer nos plans. Les spectateurs comme les partenaires, privés ou publics, du Festival nous remercient régulièrement de tenir dans l’ambiance mortifère cette énergie vitale. Nous ne faisons pas de fausse promesse, personne ne peut dire de quoi sera fait juillet, mais nous avons besoin de maintenir l’engagement collectif et de préparer déjà la reconstruction.
Nous pensons à vous, à ceux qui se battent au quotidien,
à vous toutes et tous que nous espérons en bonne forme.
Bonne lecture,
L’équipe du Festival d’Avignon

Une réflexion au sujet de « AU SUD, LES FESTIVALS TIENNENT BON ! »

  1. Cher-e-s lectrices et lecteurs : comme sur tous les sites de la galaxie BDO, vos commentaires sont attentivement analysés par notre modératrice. En conséquence, inutile d’essayer de faire passer des commentaires injurieux, visant nos chroniqueurs et éditorialistes. Ceux-là seront irrémédiablement et impitoyablement retoqués. Merci pour votre compréhension. Et prenez soin des vôtres et de vous-mêmes, lisez, écoutez de la musique, cultivez-vous, bougez chez vous sur votre balcon ou pour les plus chanceux dans votre jardin, mangez (bien et frais), buvez (avec modération), faites l’amour, jouez avec vos enfants, téléphonez à vos proches, faites la fête, dans votre tête ou avec vos co-confinés, sortez, dans les limites légales of course… plutôt que passer vos journées sur les réseaux sociaux…

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