« THE FALLING STARDUST », PATCHWORK APPLIQUE ET SANS SAVEUR

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CRITIQUE. « The falling stardust » – Amala Dianor compagnie – Vu au Quai d’Angers le jeudi 6 février 2020.

Tu n’es pas sans savoir qu’Amala Dianor, formé au CNDC d’Angers, danseur et chorégraphe ouvert à toutes les techniques (hip hop, néo-classique, contemporain, afro-contemporaine…) aime favoriser les rencontres dans ses spectacles. Ainsi l’a-t-il fait en 2015 en réunissant une vingtaine de danseurs amateurs en voie de professionnalisation dans « Overflow », spectacle co-signé avec ses comparses régionaux et non moins émérites que sont Mickael Le Mer, Pierre Bolo et Annabelle Loiseau. Ou en 2016, avec plusieurs générations de danseurs hip-hop dans « De(s)génération ».

Cette fois, avec « The Falling Stardus »t, pièce créée à Strasbourg en janvier 2019, il réunit neuf danseurs issus du contemporain, du hip-hop et du classique.

Hip hop et classique : voilà qui n’est pas nouveau, te dis-tu. Tu te souviens de nombreuses et belles initiatives depuis une vingtaine d’années. C’est presque devenu un poncif dans l’histoire du hip-hop, as-tu envie d’ajouter…

Mais non, tu ne te laisses pas désarmer aussi facilement. Tu penses à cet esprit de curiosité dont un spectateur, amateur ou professionnel, ne doit jamais se départir. Tu entres dans la grande salle du Quai.

Dans un premier temps intrigué (et déjà un peu perplexe, te diras-tu a posteriori), tu vois flotter au-dessus du plateau une immense structure grise, pareille à la station orbitale de quelque série de science-fiction. Une lumière blanche, froide, tombe de deux rangées de projecteurs suspendus à vue sur les cintres. Une musique épurée, contemporaine, alterne avec des jaillissements symphoniques de cordes ou des moments de silence. Les danseurs, habillés d’étoffe noire tranchant avec la peau nue, évoluent lentement sur l’espace vide du plateau.

Puis, minutes après minutes, tu as la désagréable impression d’additionner. Déhanchés autour d’un des interprètes. Lignes droites, parallèles, entrecroisées, en diagonale ou en étoile que forment le groupe qui se déploie sur la scène. Juxtaposition de mouvements amples et syncopés des corps, façon hip hop. Et tout à coup, exercice de grammaire classique de certains danseurs : pointes, entrechats, portés. Lenteurs. Pause : la structure grise tourne sur elle-même, quelques néons clignotent… Un duo… Tantôt la musique semble monter en puissance, tantôt la gestuelle des danseurs en intensité. Est-ce le final ? Non. De nouveau des effets de lenteur, de ralenti, des poses. Et tout à coup, jeté de paillettes dorées sur les danseurs… Faux clins d’oeil… Tu lèves les yeux sans surprise : le vaisseau spatial est toujours là, dans l’indifférence sidérale des cintres…

De toute cette agitation au sol, tu ne retiens qu’un défaut d’écriture, un manque de rythme et d’intensité. Des interprètes qui semblent continuellement improviser. Une somme de savoirs-faire sans cohérence. Un jeu de lignes tracées hasardeusement. Pas de direction.

Finalement, au lieu de l’heureux métissage annoncé, tu penses à un objet chorégraphique appliqué, à un patchwork sans couleurs, à une danse sans identité.

Stéphane Leca

Photo Jeff Rabillon

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