« L’AMERIQUE », UNE EPOPEE INTIMISTE DE PAUL PASCOT

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CRITIQUE. « L’Amérique » – mes : Paul Pascot – texte : Serge Kribus – La Garance, Scène Nationale de Cavaillon le 21 janvier 2020 à 20h30.

C’est plongé dans une presque obscurité, que le public découvre un décor totalement métallique sombre et sommaire formé d’une grande estrade carrée rotative où trône un escalator ancré au sol, sans mouvement possible. Hormis le déplacement de l’estrade, tout le reste ne bougera quasiment jamais, choix évident du metteur en scène de mettre avant tout en avant la profondeur du texte, en réduisant les mouvements et en espaçant les deux comédiens l’un de l’autre.

Sur scène Jo et Babar revivent un passé commun du début de leur rencontre à la fin de leur histoire, un passé jonché de souvenirs, d’émotions, de joies, de tristesses et d’aventures.

Jo est plutôt meneur du genre caïd des années 70 en perfecto, ne travaille pas, fume des pétards, vit d’amour et d’eau fraîche et de petits larcins. Face à lui un Babar qui lui est tout son contraire, timide et introverti qui rêve plus sa vie qu’il ne là vit. Un jour Babar « fugue » de sa Belgique pour aller visiter Paris une journée et c’est en admirant le blouson noir de Jo que les deux compères deviennent inséparables, le temps d’une folle aventure empreinte de liberté complètement inconnue pour Babar. Tout comme les opposés s’attirent et finissent pas se repousser, il va en être de même pour Jo et Babar.

Le texte de Serge Kribus, s’oriente de toute évidence sur les maux et tous les questionnements des jeunes ados de tous temps, en imaginant cette épopée entre deux jeunes hommes que tout oppose, milieu social, silhouettes, objectifs, habitudes de vie et fréquentations. Notons qu’en l’occurrence, le plus « rangé » des deux veut vivre la totale insouciance qui est le quotidien d’un Jo anticonformiste, comme une sorte de « Thelma & Louise » au masculin avec ses instants de fascination et d’admiration, mais aussi ses questionnements sur l’avenir.

Le jeune metteur en scène, Paul Pascot, a opté pour le choix de marquer distinctement cette différence par tous les aspects qui séparent ces deux personnes ; l’un sera en haut de l’escalier et l’autre en bas sur le carré, les deux avec des looks stéréotypés. L’écart entre eux toujours bien présent, leurs postures éloignées viennent renforcer un récit qui repose sur la prédestination de chacun. Les deux comédiens parviennent à donner vie à ce récit toujours très proche du réalisme, ils sont tous les deux émouvants dans leurs rôles, ils arrivent à toucher le public qui peut se reconnaître, connaître ce type de rencontre et cette forme de rébellion incarnée par les deux protagonistes.

L’ambiance intimiste est idéale pour se projeter avec eux facilement, comme si on les connaissait déjà. Un beau texte à découvrir, une mise en scène peaufinée mettant avant tout le texte en avant.

Béatrice Stopin

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