HOKUSAI. HIROSHIGE. UTAMARO, TROIS GRANDS MAÎTRES DE L’ESTAMPE A L’HÔTEL DE CAUMONT

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MAGAZINE. HOKUSAI. HIROSHIGE. UTAMARO. Les Grands Maîtres du Japon – Collection Georges Leskowicz – Hôtel de Caumont, Aix en Provence – Jusqu’au 22 mars 2020.

Nous entrons dans un monde à peu près inconnu pour nous : celui de l’estampe Japonaise, sa création. Parmi les nombreux artistes exposés, seuls sont mis en exergue les plus connus : HOKUSAI, HiROSHIGE, UTAMARO.

Là, sous nos yeux émerveillés, des estampes japonaises…Il faut, impérativement, se défaire du réel. Immédiatement se distingue la qualité graphique et picturale. Beauté formelle des sujets dont la technique même de l’estampe rend compte du travail de l’art xylographique et du mouvement artistique dont l’inspiration est dans la philosophie bouddhiste.

Les compositions de paysages sont des lieux très précis. Il y a une fascination des artistes peintres pour la nature, le naturalisme, la fragilité de l’homme. Les lieux, où se déroulent les scènes de la vie quotidienne sont rendus avec une exactitude, un degré de sensibilité époustouflants : on perçoit le souffle d’une brise marine, l’éclosion du cerisier, le chant des oiseaux, la neige et le vent sur le mont Fuji, la brume et la pluie ; dans une atmosphère empreinte de lyrisme, l’exquise beauté des courtisanes qui s’occupent dans les maisons de thé.

La fragilité de l’existence cohabite avec la magnificence des forces de la nature d’où cette irrésistible séduction pour le paysage, pour l’humain, avec la peur ancestrale des éléments.

Une belle estampe  » Nouveau Fuji au printemps » de Utagawa TOYOHARU (1735/1814) ; il est considéré comme le fondateur du nouveau genre. Il étudia la conception européenne de la perspective et fit la synthèse entre la tradition japonaise et les influences occidentales

Là, des peintures et arts graphiques peuplés d’êtres fantastiques ou héroïques issus de l’histoire et de la littérature. Les couleurs sont plus riches, plus vives, comme pour souligner l’action.

Là, un kimono de courtisane en Damas de soie peint, brodé et filé d’or.
Deux armures de samouraï, qui a elles seule devaient terrasser quiconque les apercevait.

Le théâtre Kabuki est représenté par des acteurs****grimés et costumés avec force artifices décoratifs où il l’action, le drame, l’érotisme, la satire aussi se mélangent parfaitement.

Immortalisés par UTAMARO, de belles estampes évoquent la vie quotidienne à Édo. Avant que ce petit village de pêcheurs ne devienne le siège du shogunat, la ville était peuplée d’artisans, d’artistes, d’aubergistes, de geishas, d’acteurs, de saltimbanques, de prostituées, le tout débordant d’énergie.
Plus loin, les habitants se retrouvent sur les terrasses des restaurants, le long des rives bordées de cerisiers et de pruniers. D’autres boivent du saké. Le temps est comme suspendu : rien ne saurait troubler cette quiétude nonchalante.

Dans une salle dédiée, nous découvrons les ustensiles : les bois, les outils et les pigments utilisés par les artistes. Les différentes planches d’une même gravure montrent toutes les étapes de ce travail long et raffiné – une vidéo permet de comprendre la difficulté et l’usage concret des différents objets présentés.

Notre ressenti, c’est qu’il y a un concept Esthétique et Spirituel Japonais que nous traduirions par « l’émouvante intimité des choses », à l’inverse de Kundera et son « insoutenable légèreté de l’être ». Il exprime une sorte d’empathie envers les choses, liée au sentiment de leur impermanence. C’est le style de l’émerveillement de la nature- cette émotion que chaque année, le peuple Japonais éprouve face à l’éclosion des fleurs de cerisiers.

« L’esprit de l’homme parfait, dit un maître du Tao, est comme un miroir. Il ne saisit rien mais ne repousse rien. Il reçoit mais ne conserve pas ».

Il advient toujours quelque chose.

Très belle exposition. A voir et à revoir.

André Michel Pouly

HIROSHIGE : 1797/1858. Maître incontesté de l’estampe de paysage ; traduit l’âme même de la nature. Ne s’appuyant sur aucune conception philosophique.
Il est l’un des inspirateurs pour les impressionnistes : Van Gogh, Gauguin, Picasso entre autres.
HOKUSAI : 1760/1849. Mondialement connu. L’un des plus grand artistes. A laissé une œuvre monumentale d’une densité sans pareil. Il se définissait lui-même comme « le vieillard fou de dessin ». Il livre sa vision de la nature, également des séries : aux oiseaux, aux fleurs. Ces estampes, les surimono, rares et raffinées, sont réalisées sur commande par exemple, le Nouvel An.
UTAMARO : 1753/1806. Avec HIROSHIGE et HOKUSAI, fut l’un des artistes japonais les plus célèbres. Il représente le monde littéraire et artistique : il se plaît à représenter les femmes dans leurs activités quotidiennes, développant, ainsi, un style élégant où perce la psychologie du sujet.

Georges LESKOWICZ est aujourd’hui, en Europe l’un des plus importants collectionneurs d’estampes japonaises ukiyo-e*. Sa collection compte plus de 1800 estampes des plus grands maîtres de cette technique, ainsi que des fukei-ga**. Il est le seul, au monde, à posséder un jeu complet des « soixante-neuf Stations sur la route de Kisokaîdo ». Et bien d’autres chefs-d’œuvre…des meisho-e***, les cent vues du mont Fuji, les stations du Tôkaidô…

Edo : nom ancien de Tokyo qui servit aussi à désigner la période comprise de 1600 à 1868. Tokugawa – nom de famille du clan qui a gouverné le Japon à cette époque ( ère Edo) .
Meiji : ère dans l’histoire du Japon de 1868 à 1912 ; débute par le transfert de la cour de l’empereur à Edo et par la dissolution des clans féodaux ; à cette époque, l’estampe ukiyo-e perd son statut artistique.
shôgun : plus haut dirigeant et chef du gouvernement militaire ; les détenteurs de ce titre ont gouverné le Japon du XIIe au milieu du XIXe siècle.
*ukiyo-e : (images du monde flottant) mouvement dans la peinture japonaise et l’imprimerie, coïncidant avec la période Edo.
**fukei-ga (estampes de paysage ).
***meisho-e : (image d’un lieu célèbre) composition de paysage représentant un site pittoresque bien connu.
Samuraï : membre de la classe des guerriers du Japon.
Kabuki : forme théâtrale de la classe moyenne , célèbre pendant la période Edo. Autrefois réservées aux prostituées, les représentations prirent fin et sous le shogunat Tokugawa, avec le changement de sexe, le jeu des acteurs changea et fut, dès lors, réservé aux hommes, nommés onnagata****homme qui interprète le rôle d’une femme et en exprime la quintessence.
Shintô : (la voie des dieux)- religion d’origine japonaise alliant croyances animistes et culte des ancêtres.

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