TOULOUSE-LAUTREC, RESOLUMENT MODERNE

La toilette

MAGAZINE. Henri de TOULOUSE-LAUTREC – Grand Palais, Galeries nationales – Paris Jusqu’au 27 janvier 2020.

L’exposition au Grand Palais nous propose quelques deux cents œuvres, toutes techniques confondues, à parcourir dans les lieux « encanaillés » de la capitale, Paris.

Comprendre, comment cet homme de 20 ans en 1880, au moment où la « Révolution Impressionniste s’achève », va résolument se donner une autre destinée que celle supposée être définitivement la sienne soit : fils unique d’aristocrates du Languedoc vivant de ses terres, mais infirme !

Acteur incontournable de la vie montmartroise à la fin du XIXe siècle, il pose un regard libre comme « Les Intransgisants *» ses désormais illustres aînés. Des peintres impressionnistes, Degas fut son seul maître. Faisant le choix du « naturalisme » il affirme une « esthétique de la vérité ». Ce ne sera pas un artiste maudit.

A tout seigneur, tout honneur. Hommage rendu à ses aînés du courant impressionniste, aidés pour la tâche par des camarades de l’atelier, Lautrec parodie la toile du Bois sacré de Puvis de Chavannes, montrant l’assemblée des Muses troublées par l’intrusion d’hommes en noir ou l’on identifie Lautrec, de dos et quelques uns de ses amis.

On s’attend à voir l’envers du décor de Montmartre, et bien ce sera un jeune paysan, assis sur une portion de mur effondré, taillant un morceau de bois. C’est a la fois paisible, paysage d’été, et nerveux par le geste du garçon. La couleur, comme pour les impressionniste est là pour son expressivité.

Plus loin, lui-même nous fait face, légèrement courbé, palette en mains, regard franc : « oui, c’est moi » semble t’il nous dire. Puis, une série de portraits : Carmen Gaudin dit rosa la rousse, l’un de ses modèles préférés. Marie-Clementine Valade dont il tombe éperdument amoureux. La haute silhouette de son cousin, Gabriel Tapié de Céleyran, protecteur, secrétaire. Quelques portraits dans le gynécée ; en quelques traits, quelques taches de couleurs, -où il y a comme une économie de matière, Lautrec nous dit l’essentiel sur la toilette, la visite médicale, l’attente du client, femme tirant son bas, représentent la vie d’une maison close à toutes les heures de la journée.

Il peint une vitalité animale dans ses études de nu. Les sujets s’y prêtent beaucoup. Il s’éprend de ses modèles. Il les possède toutes, par le dessin et la peinture. La série « Elles » montre le quotidien de ces femmes prostituées. Lautrec s’est glissé auprès d’elles, sans voyeurisme ni sous-entendu érotique, tel un témoin qui enregistre, qui ne commente pas.

Il n’est jamais scabreux. Il dépeint un univers de femmes où celles-ci retrouvent une forme d’autonomie, au-delà des choix qui les ont fait verser dans la prostitution. Cet univers singulier apparaît comme une société à part, avec ses individualités, des scènes familières, des moments heureux, de la gravité aussi, du voyeurisme, jamais ! Il a un regard tendre pour les femmes. Il exacerbe même la féminité.

Lautrec découvre les séductions de Paris : le Moulin Rouge, le Mirliton, Papa chrysanthème, le cabaret du Chat Noir, l’Elysée-Montmartre, le cirque Fernando… Le bal du moulin de la Galette où trois prostituées attendent de « faire du fric » avec le « souteneur » qui les surveille. Dans ces lieux dévolus à la nuit et ses nuits blanches il rencontre Aristide Bruant, Rodolphe Salos, la Goulue, Nini-Patte-en-l’air, Grille d’égout, Jane Avril -la plupart de ses portraits s’appuient sur des clichés photographiques, Yvette Guilbert, Valentin le désossé et l’oîe Fuller qui le surprend par son originalité : son corps et les voiles qu’elle agite au bout de longues tiges.

Là, un portrait de sa mère : Adèle Tapié de Ceyleran, lisant dans son salon.

Aucun doute, c’est un peintre de personnages, de personnes même. Aucune forme de stigmatisation. Il n’enferme pas ses sujets dans une typologie sociologique trop arrêtée. L’individu surnage. Il peint avec empathie, avec distance. La femme, l’univers féminin le fascine.

Novateur, il remporte une sorte de concours d’affiches. Il manifeste une force plastique indéniable. Celles-ci font sensation sur les murs parisiens. Il fut l’un des créateurs de l’art publicitaire. Degas le félicite. « Il a été mon seul maitre » dit de lui Lautrec.

Henry de Toulouse-Lautrec-Monfa est un enfant à part. Il a le goût du travestissement, de la photographie, de la mise en scène, on le voit en Kimono, louchant. C’est un créateur d’images. Dans ces années là, la photographie est partout. Le « japonisme » aussi, avec ses estampes : « Les Cent vues d’Edo de Hiroshige ». Le pont Ohashi et Atake sous une averse soudaine, influencera Van Gogh : « japonaiseries », Pont sous la pluie 1888, ainsi que Gauguin et tant d’autres…

Né le 24 novembre 1864, descendant des comtes de Toulouse, atteint d’une maladie génétique, la pycnodysostose ou ostéogenèse imparfaite, due à la consanguinité de ses parents cousins au premier degré, le rendra infirme. Sa mère, la comtesse Adèle fut toujours proche de lui. Il continua à lui écrire jusqu’à la fin de ses jours le 9 septembre 1901 et c’est auprès d’elle qu’il se réfugiera quand il se vit mourir de la syphilis.

Son père, le comte Alphonse de Toulouse-Lautrec ne comprit pas l’art de son fils ; c’est au moment de sa mort que le comte respecta son œuvre et son engagement artistique.

Toulouse-Lautrec n’a rien subit. Il a choisi. Il fut animé d’une pulsion de vie qui lui fit inventer et réinventer sa vie.

Pour réinventer l’art, il faut le vivre.

André Michel Pouly

*Terme péjoratif pour désigner un groupe de peintres – la décennie la plus combative, celle de 1880 : Monet, Pissarro, Sisley, Manet, Degas, Renoir, Cézanne, Caillebotte, Berthe Morisot, Mary Cassatt (Américaine qui réussit à persuader Degas qu’une femme pouvait dessiner correctement), qui n’acceptaient pas le diktat de l’appareil culturel d’un État aux préjugés enracinés des classes dirigeantes. Le travail de sape était indispensable à la destruction de la quasi dictature que le Salon faisait régner sur le goût du public, pour imposer leurs vues sur l’art et la peinture en particulier. En première ligne : Gustave Courbet, peintre contestataire, insoumis a l’institution, il remet en cause la peinture de l’histoire de France, celle qui défendait l’importance capitale de la chose représentée, par l’indétermination de son tableau :  » Un Enterrement à Ornans  » pour lequel il obtint la médaille d’or, et pour certains, marquait la rupture dans le travail du peintre et pour d’autres, inscrivait l’avènement de la démocratie dans l’art.

tl5

tl3

Seule

toulouselautrec2

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s