« DEGAS A L’OPERA » : DANS LE TEMPLE DE L’ILLUSION

 

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MAGAZINE. « DEGAS A L’OPÉRA » – Exposition au Musée d’Orsay jusqu’au 15 janvier 2020.

RAYONNEMENT, PULSATION, MODULATION, RYTHME.

L’exposition du musée d’Orsay,  » Degas a l’opéra « , est associée avec le 350éme anniversaire de l’opéra créé sous Louis XIV.

L’exposition nous propose, en quelque sorte, sa « boîte à outils » puisque c’est à l’opéra qu’il y étudie la lumière -le visible comme tel, le rayonnement du visible, c’est « l’aspect » (et non le visible) des choses.

L’opéra c’est son laboratoire : toiles peintes, oeuvres pastelisées, dessinées, (l’art du dessin, qui est le cœur de sa pratique, et les danseuses, un motif central de son œuvre), gravées, monotypées… lui permettent de travailler les notions d’équilibre, de mouvement, de rythme. La seule sculpture exposée de son vivant est la  » Petite danseuse de quatorze ans « *.

Degas va étudier, par les cadrages et là multiplicité des points de vues, notamment la diversité des lumières ; l’éclairage de la rampe qui transforment les visages en masques, l’opposition entre la fosse d’orchestre et le théâtre illuminé, l’étude du mouvement du corps : déformé, étiré ; tous ces mêmes gestes dynamiques, ces mêmes enchaînements rythmiques. Parfois des gestes de souffrance. Ses pastels révèlent la féerie des décors, l’opulence des costumes, la magnificence des scènes aux multiples protagonistes.

Tout ne se résume pas au spectacle des danseuses. L’opéra est le lieu des représentations sociales du moment, avec leurs codes. Degas fixe l’image des siens : son pére, sa sœur, les amis musiciens professionnels reconnaissables parmi les musiciens de la fosse d’orchestre. Les chevaux, pour l’équilibre, le mouvement, le rythme. C’est un univers clos, un microcosme aux infinies possibilités. Grâce aux Messieurs des coulisses, « certaines ballerines », « petits rats », fréquentent ces messieurs de l’opéra, souvent sous l’injonction de leur propre mère.

Degas nous montre les dessous du théâtre, temple de l’illusion et du rêve. Il représente la ballerine, le petit rat, avec précision, dans des positions les plus instables, faisant saillir les muscles tendus qui déforment bras et jambes. Créature fardée à laquelle l’éclairage violent du gaz façonne un masque livide, terne. Cet univers de la danse n’est pas joyeux.  » le ballet est ignoble. C’est une exposition de filles à vendre ». Adieu donc l’univers imaginaire de la féerie. Edgar Degas a su saisir l’un des aspect de la vie moderne, sans complaisance ni commentaire moralisateur.

* »La petite danseuse de 14 ans ». Née à Paris le 7 juin 1865, elle s’appelait Marie Geneviève Van Goethem. Ses parents étaient belges. Elle avait déjà posé pour Degas, dés l’âge de 12 ans, avant de se prostituer, évitant la misère. Elle posait déjà pour des peintres, des sculpteurs. Parmi eux, il y avait Edgar Degas.

En avril 1881 où elle est exposée pour la première fois au Salon des Indépendants, critiques et amateurs se pressent devant la sculpture. Ils ne comprennent pas comment un petit rat laborieux et vulgaire, à la face de « singe » et a l’air « vicieux », peut être le sujet d’une œuvre d’art. Ils dénoncent des traits typiquement criminels par là phrénologie et l’anatomie médicale de l’époque – front fuyant, mâchoire prognathe, pommettes saillantes, cheveux épais : paraît-il que les travaux physiognomoniques étaient très prisés par les artistes et écrivains du XIXe siècle. Pour eux, cette sculpture est une aberration.

Alors ! Degas ? Quel est son but lorsqu’il sculpte ainsi le visage de sa Petite Danseuse ? D’après Douglas Druick, l’un des spécialistes qui a confronté les dessins de Degas avec les photographies anthropométriques de criminels, réalisées par leurs services au moment de leur arrestation, Degas transpose dans cette sculpture des théories qu’il croyait justes à propos des délinquants.

Le beau en peinture c’est la couleur ; en la couleur se noue, s’inscrit, l’empire des sens.

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André Michel Pouly

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