« LE SOUPER », JULIA PERAZZINI IRRADIE DE JUSTESSE ET DE VITALITE

CRITIQUE. « Le souper » de Julia Perazzini – A l’Arsenic, Centre d’art scénique contemporain, Lausanne – du 5 au 10 novembre 2019.

Julia Perazzini invite son frère à un souper. Quoi de plus convivial qu’un repas entre proches? Sauf qu’elle n’a jamais connu ce frère décédé avant sa propre naissance, âgé de quelques mois.

Le plateau est recouvert d’un tissu drapé, harmonieusement façonné de plis et de replis, de froncements et de sillons. Un environnement vert forêt, un vert nature, symbole de calme, d’équilibre, d’espace. L’excellente mise en lumière de Philippe Gladieux prête à ce vert de superbes nuances, accentuant une atmosphère d’intimité ou au contraire, d’isolement, allant jusqu’à lui donner des reflets mordorés. Un flux de remous avec lequel la comédienne va jouer tout au long de la représentation, lui donnant des allures solennelles ou douillettes, hiératiques ou enveloppantes.

Julia, vêtue de vert, se fond peu à peu dans cette mer veloutée. D’abord y évoluant avec précaution, décrivant les lieux à un interlocuteur invisible. Pour instaurer une relation qui n’a pas eu lieu dans l’espace-temps de son vécu, elle s’adresse à lui, commençant par lui chanter tendrement «sa» chanson, a capella, comme une prière. Elle crée de toute pièce un «nous» qui comblerait le vide et ses interrogations. Seule en scène, soutenue par quelques notes d’un tempo lancinant, elle rend la présence de ce frère tangible. Elle lui donne une voix ventriloque, enfantine et candide. Elle lui offre surtout une parole, et même davantage, une présence et une personnalité.

Et elle l’invite à souper. Entre l’apéro et le dessert, la conversation s’entremêle de découvertes mutuelles, d’humour et de bagatelle, tout en partageant sur la mort avec légèreté et profondeur. Ce souper est émaillé de moments d’émotion, comme cet «entraînement» à l’instant de la mort énoncé tel un exercice de yoga. Suivront une révélation, un récit d’agression et le mime drolatique du mythe d’Orphée et Eurydice, rehaussé d’un Hadès bureaucrate et émotif.

De par sa splendide scénographie et son interprétation nuancée tout en finesse, cette pièce sur la mort, l’absence, l’attachement, le renoncement, irradie de justesse et de vitalité. A voir absolument.

Culturieuse,
à Lausanne

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