« LE TOURNESEUL », L’HOMME EST UNE LOUPE POUR L’HOMME

letourneseul

CRITIQUE. « Le Tourneseul », de Marc Favreau et Eric de Dadelsen, mis en scène par Maurice Casagranda et interprété par Eric de Dadelsen alias Cløv, jusqu’au 16 novembre, du mardi au samedi à 21h, au théâtre des Déchargeurs, Paris.

Cløv n’est pas un simple tributaire du Clov de Beckett, de Sol, de Chaplin, ou de Karl Valentin. Cet hommage mêlé tient moins de la révérence qu’à la révélation d’une lignée, d’une hérédité, et quelque chose de l’ordre de la filiation, sinon de la fraternité. Il tourne Sol, le retourne, ce Tourneseul pas sous-Sol. Ces beaux clowns près des « peu belles », qui dorment dans les « cruelles », embrassent tellement l’humanité qu’elle vient tout entière loger chez eux (au-dedans du dehors) pour deviser d’elle-même, au chaud, plus près du cœur.

La beauté de la « vagabondine », de l’ « élec-trinité au filament », de « la drôle d’institu-triste » à la corneille qui dit « crois, crois », du « typhon-phon-phon » et de la « cara-patience » vous promène du côté de chez Vian. La poésie du « Tourneseul » serait oulipienne si elle se contentait d’être ludique : mais le geste est plus fort, plus radical, plus grave aussi. C’est le dire qui est pris d’assaut, et avec lui, ce qu’on ne dit pas, ce que le verbe n’a pas prévu de dire, ce qu’il peut laisser entendre toutefois.

Quand Cløv poétise, il politise (gare aux « plastrons », et autres « mégot-centriques », on est du côté des « traveleurs » du « fier-monde », dans la file d’attente de « pas l’emploi »). Les quelques allusions à l’actualité sont dispensables, parce que ce texte se prête à l’élasticité de notre ère et pourrait se contenter d’être universel. Eric de Dadersen appelle (« à la beuglette ») à cesser avec lui d’avoir peur d’avoir tort, d’avoir tort d’avoir peur, à sortir de la « tort-peur », et si « l’ennui porte conseil », tâchons de ne pas devenir « flous ».

Sans doute Eric de Dadelsen oublie-t-il de mentionner parmi ses pères (sinon ses pairs) le clown de Michaux -« vidé de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier » : la philosophie drôlesque de Cløv est un petit festin d’être. Au « théâtre des Charmeurs », le Verbe est à nouveau très bien joué, et la décharge poétique, pas peu belle !

Marguerite Dornier

Lumières de Stéphane Chesnais.

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