« LE CASINO DE NAMUR II », FERDINAND DISPARAÎT A JAMAIS DANS LES BRUMES WALLONNES

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CRITIQUE. « Adieu Ferdinand ! – Le Casino de Namur II » – Ecrit, mis en scène et interprété par Philippe Caubère – Création au Chêne Noir, Avignon du 8 au 19 Octobre 2019, puis Théâtre du Rond-Point, Paris – Du 06 novembre 2019 au 05 janvier 2020.

Ses plus grands fans l’attendaient avec une impatience quasi fébrile et c’est tout naturellement que Philippe Caubère offre au Chêne Noir la création du troisième volet qui clôt le triptyque intitulé « Adieu Ferdinand ! Suite et fin », l’épilogue de cette œuvre colossale, le roman d’une vie qui nous happe et nous captive depuis près de quarante ans.

C’était en 2017 que Philippe Caubère présentait déjà au public avignonnais les deux premiers volets « La Baleine et le camp naturiste » et « Le Casino de Namur I ». Expliquant alors que la matière théâtrale générée durant ses improvisions allait bien au-delà d’un seul spectacle, le comédien décidait naturellement de remettre le couvert pour cet ultime spectacle, « Le Casino de Namur II ». C’est non sans une certaine anxiété que les aficionados entraient ce soir là dans ce théâtre du Chêne Noir, si particulier dans la vie du comédien, fidèle parmi les fidèles à Gérard Gelas depuis ses tout débuts. Chacun pouvait ressentir ce mélange de curiosité suscitée par la découverte de ce final et ce petit pincement au cœur de savoir l’aventure terminée.

Philippe Caubère, ce soir de première, enterre donc Ferdinand de la plus belle des manières pour un public conquis à l’avance. Faisant suite au « Casino de Namur I », nos trois compères, Ferdinand, le grand Bruno et Jean-Marie roulent enfin vers l’eldorado des joueurs belges : Le Casino de Namur. Alors que la première partie s’avérait assez sombre, celle-ci tend davantage vers la farce.

Durant près d’une heure trente, les trois amis vont jouer et tour à tour gagner et perdre pour finir en n’ayant quasiment plus rien dans les poches. Sur scène, toujours le même procédé, à savoir une simple chaise, centre du monde du comédien qui, d’un geste ou d’un simple souffle récrée un univers foisonnant. Il saute, virevolte, grimace avec cette constante vivacité. Que l’on aime ou pas le comédien, force est de constater qu’il sait tel un caméléon donner vie en un battement d’aile à une multitude de personnages, sans accessoires et dans une parfaite clarté pour un public envoûté par tant d’aisance.

Une fois encore, les personnages du casino s’enchaînent, se percutent et se fondent parfois mais sans jamais laisser les spectateurs dans le trouble. Du grand Bruno happé par les cartes au croupier vindicatif ou à un Jean-Marie qui offre là encore un côté plus sombre, Ferdinand, égal à lui-même, survole le monde d’un air tantôt candide tantôt clairvoyant mais toujours décalé, comme incapable de savoir trouver sa place dans ce monde où jouer équivaut immanquablement à perdre.

Philippe Caubère comme à son habitude dissèque au travers de ce spectacle sa vie mais aussi celle de chacun des personnages présents, sur scène ou dans la salle. Comment passer à côté de la comédie humaine qu’il nous joue depuis des années sans se voir dans ce miroir de clown, parfois gai, parfois triste mais toujours terriblement humain ?

Ferdinand disparaît donc dans les brumes et les betteraves belges pour cette ultime pirouette qui laisse un sentiment bizarre fait d’un brin de tristesse et d’une immense tendresse. L’impression d’un cycle accompli et d’une route qui s’ouvre vers de nouvelles créations pour ce comédien et auteur français extra-ordinaire qui, faut-il le rappeler, a décidé de mettre fin à cette longue suite de spectacles sur Ferdinand mais sûrement pas à d’autres projets. Un spectacle assurément à découvrir pour ceux et celles bien décidés à terminer avec l’auteur cette épopée théâtrale.

Pierre Salles

Prochaines Dates :
Théâtre du Chêne Noir, Avignon – Du 8 au 19 Octobre 2019
Théâtre du Rond-Point, Paris – Du 06 novembre 2019 au 05 janvier 2020

ITW de Philippe Caubère :
https://lebruitduofftribune.com/2017/11/20/interview-philippe-caubere/
Lien vers la critique « La baleine et le camp naturiste » :
https://lebruitduofftribune.com/2017/11/11/philippe-caubere-cree-adieu-ferdinand-la-baleine-et-le-camp-naturiste-au-chene-noir/
Lien vers la critique « Le casino de Namur I » :
https://lebruitduofftribune.com/2017/11/14/philippe-caubere-le-casino-de-namur-dans-la-campagne-submerge-de-betteraves/

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