« LE BRUIT DES LOUPS », UN RÊVE THEÂTRALISE D’ETIENNE SAGLIO

Le Bruit des loups_web©Prisma-Laval_1

CRITIQUE. « Le Bruit des loups » – Étienne Saglio – Le Grand T, Nantes – du 24 au 28 septembre 2019, puis en tournée.

En allant au Grand T, tu te souviens du spectacle Limbes * du jongleur-magicien-marionnettiste-poète qu’est Étienne Saglio. Avec une simple bâche plastique transparente, sur fond du Stabat Mater de Vilvadi, il avait su t’enchanter. Il t’avait enchanté non seulement par la beauté visuelle de sa scénographie mais aussi par la force poétique et philosophique de son propos. Tu n’attendais donc pas moins de la dernière création de cet artiste singulier.

Avec le Bruit des loups, tu es d’emblée plongé dans l’univers du conte et ses incontournables : la porte, comme celle d’Alice, qui s’ouvre sur un autre monde, la forêt, le géant, le loup, la peur et l’absurde, la mort… Mais sur le plateau la manipulation d’objets ou de marionnettes et les apparitions et les disparitions de personnages ou d’animaux en chair et en os te font rapidement comprendre qu’Étienne Saglio joue avec les codes. Il mêle par exemple cruauté et humour comme lorsqu’on voit un animal dévoré vivant par l’enfant (pour de faux, bien entendu !) ou lorsqu’un homme et une plante se livrent à un combat acharné, l’un voulant empoter l’autre. Le passage récurrent en devant de scène d’un renard « humanisé » s’adressant directement au public rappelle qu’il s’agit d’une représentation, fût-elle monstrueuse, comme lorsque le susdit renard se transforme en chasseur meurtrier.

En cela le Bruit des loups, comme tu aurais pu le croire a priori, n’est pas un spectacle dédié au jeune public, différents niveaux de lecture opérant. L’un des carreaux blancs du damier que forme le sol par contraste avec la litière forestière, se transforme en feuille de papier, aussitôt froissée par une main rageuse. Le petit enfant seul, perdu dans l’obscurité de la forêt, peine à ranimer les flammes de son feu de camp et semble indifférent au loup qui rôde autour de lui comme un simple guetteur. La forêt, qui occupe toute la scène, a des aspects paisibles. Le géant n’est jamais menaçant. Au fond, n’est pas le plus cruel celui que l’on croit être. Mais la nature le sait bien.

Tu es une fois de plus saisi par la capacité qu’a Étienne Saglio à mettre en scène poétiquement le rêve et les pulsions les plus refoulées. Tu ne plains pas non plus qu’il t’adresse, en filigrane, un message sur l’animalité et sur la planète.

Tu sens parfois le temps s’étirer pendant la représentation. Le mot « longueurs » te vient à l’esprit. Mais tu n’es pas sans savoir que le conte, qui n’est qu’un rêve théâtralisé, a sa propre temporalité. C’est bien ainsi. Et pour toi c’est merveilleux.

Stéphane Leca,
vu le 24/09/19 au grand T

* créé en 2015

en tournée :
1 oct. – 2 oct. La Roche-sur-Yon (85), France
4 oct. – 5 oct. Vitré (35), France
15 oct. – 16 oct. Nevers (58), France

Image © Prisma-Laval

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