ENTRETIEN AVEC CHARLES BERLING, « VIVRE SA VIE »

Charles-Berling

ENTRETIEN : CHARLES BERLING – « Vivre sa vie » à Châteauvallon-Scène nationale (83) du 26 au 28 sept​embre 2019.

Châteauvallon, générale. Au lendemain de La Nuit Anna Karina où était projetée un documentaire de Dennis Berry, « Anna Karina, souviens-toi », l’actrice est dans la salle. Elle s’apprête à découvrir l’écho théâtral de Charles Berling au film « Vivre sa vie » dans lequel Jean-Luc Godard lui criait son amour. Adaptation, esthétique picturale, projections d’images, poésie, richesse du langage, destins et amours croisés et Anna face à Nana des temps modernes, tout converge à une mise en abîme vertigineuse !

Le Tribune : A vos yeux, quel rapport entre théâtre et cinéma ?

Charles Berling : Cette relation m’intéresse depuis toujours, pratiquant les deux. Une question d’autant plus intéressante qu’aujourd’hui le théâtre se met à produire beaucoup d’images. C’est le cas du dernier Katie Mitchell à l’Odéon, qui par son esthétique permanente, fait un tournage de cinéma sur un plateau de théâtre. Je voulais d’avantage me questionner sur le langage du théâtre aujourd’hui et comment transposer des images sans avoir à les projeter aux spectateurs. Ainsi, dans ma mise en scène, sans rejeter l’image ni même la technique, j’ai recherché à développer un langage propre qui soit plus purement théâtral que ne peut le faire le cinéma ou la télévision.

Qu’apporte Irène Bonnaud à votre adaptation ?

Tourné au début des années 60, s’appuyant sur la philosophie de Brice Parain et une nouvelle d’Allan Edgar Poe, Jean-Luc Godard réalise, comme de coutume, un très beau scénario. Il m’était fondamental d’évoquer le destin de cette jeune femme au travers de paroles de femmes. La parole féministe d’Irène Bonnaud est extrêmement intéressante car ni dogmatique, ni manichéenne. Elle possède une vision de lutte et poétique des choses. Nous avons accumulé des textes de Duras, Despentes et d’autres. J’ai ainsi pu adapter l’œuvre à mon goût et à son époque. Le scénario de Godard se prête à ça parce qu’à l’intérieur de l’histoire, un personnage peut prendre un bouquin et lire un texte. Chose merveilleuse pour le théâtre.

Par le cadre dans le cadre, Jean-Luc Godard filme l’enfermement d’une société patriarcale, comment l’avez-vous transposé au plateau ?

Par une particularité qui ne plaît pas à tout le monde mais que j’aime depuis longtemps ; mélanger les genres au théâtre. Un être humain est un être humain et après il a une particularité supplémentaire d’être un homme ou une femme, évidemment. Lors des douze tableaux, les regards d’homme sont explicites. Nana, une marchandise, va se retrouver déchiquetée par cet appétit consumériste et par un regard qui la réduit comme le dit Simone Weil dans la pièce : « la force, c’est ce qui fait de quiconque lui est soumise une chose. Quand elle s’exerce jusqu’au bout, elle fait de l’homme une chose au sens le plus littéral, car elle en fait un cadavre. »

« Y-a qu’à s’intéresser aux choses et à les trouver belles », l’insatisfaction n’est-il pas un mal de notre siècle ?

Oui. D’ailleurs, Anna Karina, par sa présence et la façon de voir sa vie, est l’exemple même d’une personne qui, malgré une enfance extrêmement difficile, garde un enthousiasme, une curiosité et un appétit de vie extraordinaire. Dans ce rôle quasi sur mesure imaginé par Jean-Luc Godard, du fatalisme ressort une ingénuité extraordinaire parce que plus son personnage est ingénu, plus il est généreux et plus la bassesse du monde apparaît. Ce non-cynisme, cette non-ironie de Nana me bouleversent. L’entièreté de cette jeune femme, sa profonde beauté, pas seulement physique, est d’une beauté désarmante.

Propos recueillis par Audrey Scotto

En tournée : Du 1er au 05 octobre 2019, Théâtre Gymnase-Bernardines, Marseille (13). Du 14 au 16 novembre 2019, Théâtre de La Manufacture, CDN Nancy-Lorraine (54). Du 19 au 22 novembre 2019, Anthéa Antipolis, Théâtre d’Antibes (06). Du 26 novembre au 04 décembre 2019, Les Célestins, Théâtre de Lyon (69).

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