« TEMPÊTE EN JUIN » : BRISE EN SEPTEMBRE

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CRITIQUE. « Tempête en juin », d’après le roman d’Irène Némirovsky, adaptation et mise en scène de Virginie Lemoine et Stéphane Laporte, seul en scène interprété par Franck Desmedt, au Théâtre La Bruyère, du mardi au samedi à 19h, matinée le samedi à 15h.

On pourrait dire que Franck Desmedt a souffert mardi 17 septembre d’un « mauvais public ». Mais Peter Brook le dit mieux que moi : « C’est vrai qu’il y a parfois de très mauvais publics, mais on n’a pas le droit de le dire pour la simple raison qu’il ne faut pas attendre que le public soit bon. » Mardi soir, c’est un public parisien tout en sel, parfois un peu poivré, qui a délibérément choisi, car c’est de bon ton, de venir s’ennuyer au théâtre. Dans la salle, le principal sujet de chuchotement fut la climatisation, « il fait froid », « on gèle ». J’atteste que c’est parfaitement exagéré, ou bien qu’inconsciemment, on témoigne d’une autre fraicheur au théâtre La Bruyère.

Qu’est-ce qui s’est passé ? (Et non « qu’est-ce qui ne s’est pas passé ? », puisque la salle n’a cessé de s’agiter, de sac qui tombe en murmures, en passant par de réguliers allumages d’écrans de téléphones de ci de là, et en point d’orgue Monsieur derrière moi qui demande à Madame « Machin vient bien dîner demain soir ? »).

Ce n’est pas Franck Desmedt : il est excellent, et d’ailleurs, par à-coups, entre deux remarques sur la température, fusent des « il est incroyable, quand même », « il est vraiment très bon », « c’est du grand jeu, ça » (sic, sic et sic).

Ce n’est pas le texte : la plume d’Irène Némirovsky est alerte, vivante, colorée, et assez délicieusement cruelle dans ses portraits satiriques ; l’histoire est prenante, les personnages, justes, et, comme dit plus haut, justement interprétés.

En réalité, le choix d’une scène nue, surtout aussi spacieuse, se prête assez mal au texte d’Irène Némirovsky : tout en listes, il dresse en série des portraits en se passant de tableaux. À la rigueur, il y a quelques belles natures mortes. L’imagination du spectateur est donc sollicitée pour animer avec Desmedt les caricatures sociales qui essaiment une adaptation théâtrale fluide et envolée. Elle l’est nettement moins pour investir un espace qui, malgré les déambulations énergiques de Franck Desmedt et les lumières remarquables de Denis Karansky, reste vide.

La contreplongée imposée par la surélévation de la scène creuse l’inévitable distance d’une relation que le seul en scène exige étroite. La séparation entre le comédien et la salle est trop nette : ils se trouvent réciproquement isolés de part et d’autre du fameux voile qu’il faut justement franchir au théâtre. De fait, les moments de grâce se mesurent règle en main : plus Franck Desmedt est proche du bord de la scène, et surtout quand il s’assied tout au bord, plus le silence a cette intensité propre aux grands moments de théâtre. Qu’il recule, et, hélas… ! En somme, l’adaptation de « Tempête en juin » est bien écrite, fort bien dite, et c’est une pièce qu’on écoute avec un réel plaisir. J’aurais volontiers acheté le CD.

Mardi 17 septembre, la salle a applaudi à tout rompre, un peu en retard car elle sortait de sa somnolence : le public était ravi d’avoir bien aimé, et d’avoir bien baillé. Un brouhaha tranquille et charmé a répété jusque dans la rue La Bruyère que, franchement, Franck Desmedt, quel comédien, ah oui, ah oui.

Marguerite Dornier

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