« LA COUR DU PHARAON », UNE ZARZUELA BIBLIQUE AU FESTIVAL DE MERIDA

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Mérida, envoyée spéciale.
CRITIQUE. 65e Festival International du Théâtre classique de Mérida 2019 (Estrémadure – Espagne) du 14 au 18 août : « La cour du Pharaon » (« La corte del faraón ») de Guillermo Perrín, Miguel de Palacios et Vicente Lleó. Adaptation : Ricard Reguant et Juana Escabia. Théâtre romain de Mérida, Estrémadure, Espagne (Festival du 27 juin au 25 août 2019). Directeur du Festival : Jesús Cimarro.

« La cour du Pharaon« , basée sur une œuvre française d’un épisode biblique de Joseph le chaste (fils de Jacob) et l’épouse de Putiphar, gouverneur d’Égypte, officier du Pharaon.

L’histoire, épisode du livre de la Genèse, qui narre les déboires de Joseph, fils de Jacob, en Égypte : Joseph est beau, séduisant, attractif. Après de multiples péripéties durant sa vie, certaines désagréables, il est vendu comme esclave au gouverneur d’Égypte et officier du Pharaon, Putiphar. Joseph, fils de Jacob est béni de Dieu. Il est un excellent serviteur et monte rapidement dans la hiérarchie domestique et, particulièrement, dans l’estime de l’officier du roi d’Égypte. Mais voilà que la très belle épouse de Putiphar, délaissée par ce dernier (incapable de la satisfaire sexuellement, il ne « consomme » pas le mariage), est terriblement et irrésistiblement attirée par le jeune homme. Elle le fait venir dans sa chambre et lui demande de lui faire l’amour. Mais voilà, Joseph est chaste et qui plus est, fidèle à son maître, et refuse les avances de la belle. Ne s’avouant pas vaincue, elle saisit son habit, mais il arrive à s’enfuir. Frustrée, elle utilisera ce vêtement comme preuve d’une soit disant tentative de viol qu’elle invente de toute pièce, voulant ainsi punir Joseph et le faire jeter en prison. Qu’arrivera-t-il au malheureux ? Quel sera la réaction de Putiphar, et surtout celle du Pharaon ? Que se passera-t-il de complètement incongru dans ce spectacle ? Les choses ne semblent pas être ce qu’elles sont, en effet, de petits incidents et évènements vont étonner les spectateurs confondant une époque révolue avec une actualité certaine, le tout savamment imaginé. À vous de le découvrir lors d’une prochaine représentation.

La Cour du Pharaon est une « Zarzuela » dénommée « opérette biblique ». Elle s’est jouée pour la première fois à Madrid au Théâtre Eslava le 21 janvier 1910, d’après le livret de Guillermo Perrin et Miguel de Palacios et la musique de Vicente Lleó. Ce fut une des cinq zarzuelas les plus représentées, jouée pas moins de 700 fois. Elle est d’ailleurs basée sur une œuvre française. Plus tard, elle fut interdite durant le régime de Franco (considérée trop érotique) et est sans nul doute l’une des plus connues par le public. Depuis lors, elle compte de nombreuses versions jouées un peu partout, et ce même par des amateurs.

D’entrée, le décor attire l’attention. Une énorme effigie de pharaon qui, si le spectateur est attentif, en épatera plus d’un. Dans cette version adaptée par Ricard Reguant et Juana Escabias l’histoire ne se déroule pas telle que dans la Bible, ou plutôt si, elle en est inspirée mais actualisée dans une totale diversité sexuelle, les mœurs ne sont plus tabous et se veulent non discriminatoires. Tout est possible pourvu que l’on le désire. Le politiquement incorrect y a totalement sa place, ainsi le Pharaon est-il femme ou homme ? Les quiproquos, l’humour, le sérieux accrochent le spectateur en l’épatant de nombreuses fois durant le spectacle. Divertissant, judicieux, intelligent, drôle, des références à la politique du pays mais également bien d’autres tout aussi géniales les unes que les autres seront présentes dans ce spectacle du début à la fin.

L’ovation finale est totale. Le public est assurément ravi, agréablement surpris, tant par la musicalité et les voix qui portent magnifiquement (d’ailleurs, à ce propos, très remarqué également l’acteur et chanteur d’Extrémadure, Paco Arrojo) sur cette magnifique scène, que par les dialogues, la chorégraphie, la modernité incluse dans les costumes. Quant aux chansons (certaines un clin d’œil ) ont pour but à devenir inoubliables. Le public est invité, non seulement à participer à la comédie, mais à chanter avec les comédiens. Ici le stéréotype du physique importe peu, tous les genres s’y retrouvent et on adore !

Particulièrement remarquée la comédienne et actrice catalane Itziar Castro dans le rôle d’un Pharaon totalement disjoncté. Elle va complètement captiver, amuser, époustoufler le public. Pour cette féministe convaincue (nominée Goya de la meilleure révélation 2017 dans le film « Pieles », de Eduardo Casanova), icône de la diversité audiovisuelle en Espagne, son rôle dans ce spectacle c’est jouer « l’irrévérence, être tout ou rien et en même temps provoquer la surprise, l’étonnement du public, avec, notamment, des discours politiquement incorrects ». On la retrouve, notamment dans la série les plus regardée: « Vis-à-vis ».

Le Festival :

Pour ce 65e Festival International du théâtre classique de Mérida, Jesús Cimarro s’est, une fois de plus (la 8e édition consécutive pour lui), démarqué avec la programmation 2019 qui a débuté le 27 juin et a conclu le 25 août dernier avec pas moins de 182.016 participants. Soit 3,6 % de plus qu’en 2018. Un Festival largement médiatisé, tant sa popularité est devenue incontournable. Comme vous l’expliquait le BDO Tribune l’année dernière (*), le Festival ne se déroule pas que à Mérida, mais également dans les théâtres romains de Medellin, Regina et Cáparra, qui ont eux, enregistré pas moins de 6.109 spectateurs. Une notoriété très importante pour la Région d’Estrémadure dont la renommée va bien au-delà des frontières. Et si le spectacle de « La cour du Pharaon » a été un des plus remarqué et remarquable, les spectacles suivants n’en ont pas moins démérités en séduisant le public tout âge confondu, dans l’ordre de parution : « Sanson et Dalila » de Camille Saint-Saëns, avec pas moins de 250 figurants de collectifs d’inclusion d’Estrémadure pour cet opéra, lors de l’inauguration du Festival 2019 ; « Vieil ami Cicéron » de Ernesto Caballero ; « Périclès, prince de Tire » de William Shakespeare ; « Dionisio » de la Compagnie de Rafael Amargo ; « Antigone » de Víctor Ullate Ballet ; « Prometeo » de Esquilo / Luis García Montero ; « Métamorphose » de Mary Zimmerman ; « La cour du Pharaon » de Guillermo Perrín, Miguel de Palacios et Vicente Lleó ; et, pour finir, « Titus Andronicus » de William Shakespeare.

Mis à part ces chefs d’œuvres joués dans un des théâtres romains les plus beaux du monde, le Festival a également tourné autour de nombreuses conférences « VIII Rencontre avec les Classiques », rencontres diverses : « L’effet Télémaque et les romaines rebelles » ou encore « Le journalisme Mobil + Culture / Mojo+C » et « Mérida. De l’Art à la technique ». Il y a eu, bien sûr, plusieurs expositions, certaines sont visibles encore jusqu’à décembre comme : « Dionysios Baco. Un Dieu pour les humains ».

Les enfants, comme toujours, n’ont pas été oubliés et ont pu assister à des spectacles sur les « Héros et les Héroïnes » de la mythologie classique. Une manière pour les organisateurs de « transformer ces personnages mythiques, ces demi-dieux, en des personnes de chair et d’os rompant ainsi avec l’arquétype des héros, nous disent-ils, qui deviennent ici des personnes âgées, des enfants réfugiés, des femmes non conformistes et aventurières qui traitent de sujets aussi divers que l’indépendance féminine, l’intégration sociale, les familles non conventionnelles, la xénophobie et autres ». Une mixité de culture et découverte pour nos petits de manière ludique et intelligente, on ne peut qu’y adhérer.

D’autres formidables initiatives comme des défilés ont pu être admirés par le public, ainsi « Prométhée le grand » de quatre mètres de hauteur, dix artistes en scène en totale interaction avec le public au rythme de percussions, un voyage interculturel. Une initiative directement dirigée vers la réflexion, dans un monde où « l’essence même et la philosophie de l’humanité semble vaciller sur des tonnes de déchets et de mesquineries générales vis-à-vis de nous-mêmes. D’où la nécessité, nous expliquent les organisateurs, de l’importance de se rappeler le murmure silencieux de millions d’êtres humains qui continuent à réveiller nos conscience avec, comme outils, l’espoir ».

Des ateliers de théâtre et de cours de chants ont également égayé les espaces de la ville mythique de Mérida, chère au peuple d’Estrémadure.

« La cour du Pharaon », un spectacle sur la diversité des genres, sexuels, amoureux, scénique et artistique et bien sûr, la liberté d’expression, à voir assurément ! Le Festival International de Mérida à suivre, à découvrir, à voir absolument !

Vivement l’année prochaine, le « Tribune » vous y donne dores et déjà rendez-vous.

Julia Garlito Y Romo
à Mérida (Espagne)

Équipe artistique et autres informations :

Comédiens : Itziar Castro ; Celia Freijeiro ; Paco Arrojo (déjà la deuxième participation au Festival) ; Inés León ; Joan Carles Bestard ; Javier Enguix ; Noelia Marló ; Basem Nahnouh ; Antonio Maña ; Cristina Esteban ; Guillermo Pareja ; Marta Castell ; Pascual Ortí ; Patricia Arizmendi ; Tamia Denis ; Rocío Martín.

Une production du Festival de Mérida et El Negrito-Rodetacón. Adaptation : Ricard Reguant et Juana Escabias ; direction et composition musicale : Ferrán González ; parolier : Xenia Reguant ; chorégraphies : Cuca Pont ; aide à la direction : Juana Escabias ; scénographie : Pablo Almeida ; éclairage : Luis Perdiguero ; costumes : Maite Álvarez ; caractérisation et maquillage : Pepa Casado ; Directeur de production : Ricard Reguant

(*)https://lebruitduofftribune.com/2018/07/28/au-festival-de-merida-un-philoctete-a-la-sauce-contemporaine/

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