« LE ROUGE ETERNEL DES COQUELICOTS », LE THEÂTRE ENGAGÉ DE FRANÇOIS CERVANTES

Le rouge éternel des coquelicots

CRTIQUE. AVIGNON 2019 : « Le rouge éternel des coquelicots » – Texte et mise en scène : François Cervantes – Interprétation : Catherine Germain – Théâtre 11.Gilgamesh Belleville du 5 au 26 juillet à 22h15.

C’est pour la préparation de son spectacle au théâtre du Merlan « L’épopée du Grand Nord » que François Cervantes a passé deux années de rencontres et de discussions avec les habitants du lieu. Il s’agit évidemment des quartiers nord de Marseille, cet univers à part entière, plaque tournante du trafic de drogue, lieu de chômage massif, de violence, de non-droit, de débrouillardises en tout genre et tout simplement de misère.

Au-delà de cette vision macroscopique et globale à laquelle on limite souvent ces quartiers, il y a naturellement les gens avec leurs soucis, leurs espoirs, leurs histoires, leur courage, leur amour de la vie et une immense solidarité.

C’est l’histoire de l’une de ces personnes, Latifa Tir, incarnée par l’actrice Catherine Germain, que François Cervantes nous présente ici. Latifa est d’origine Chaouïa, ses parents sont arrivés à Marseille dans les années cinquante. Son père a créé un petit magasin sur la colline bientôt rejoint par la ville tentaculaire. Elle tient un snack qui est toute sa vie et qui doit être détruit pour la rénovation urbaine du quartier. C’est son combat pour la survie, pour la justice et le respect tout simplement qui va nous être conté.

Catherine Germain nous parle d’abord de Latifa à la troisième personne, elle nous dit le privilège émouvant qu’elle a de jouer le rôle d’une personne qui existe vraiment. Mais en fait Latifa s’insère progressivement dans le corps de Catherine qui met une perruque brune, qui se transforme et qui devient réellement Latifa. C’est Latifa qui nous parle avec son langage direct, son accent, qui se permet même de regarder Catherine jouer. Et toute son histoire défile, elle évoque son désarroi et son combat contre l’irrespect de l’équipe de démolition et de la police qui veulent la déloger. Un autre local doit lui être attribué mais il n’est pas terminé et ce ne sont pas les mêmes « cravatés » qui sont chargés de l’expulsion et de la reconstruction. D’ailleurs on ne sait pas qui ils sont. Le préfet a été formidable avec elle, il est venu la voir en vélo. Tout se passera bien a-t-il dit, mais le préfet a été muté… C’est bientôt une levée de bouclier solidaire dans le quartier pour protéger le snack de Latifa, pour lui rendre justice.

Catherine Germain nous offre ici une véritable performance d’acteur. Elle est Latifa dans ses mots, dans sa chair, le langage est simple, direct, spontané. Aucun effort d’écriture, on est dans l’oral, les mots traduisent la passion, la colère, la tendresse, le besoin de justice, de comprendre.

Le combat de Latifa est exemplaire. Il est certainement aiguillonné par l’amour de son snack qui fait partie de son corps, par son histoire, par sa sensibilité et ses émotions mais il n’est pas agressif, il repose sur un solide bon sens, une honnêteté à toute épreuve et un profond besoin de justice.

Au travers de cette forte personnalité, de cette femme admirable pleine de convictions, c’est toute l’histoire de l’immigration algérienne qui transparaît, l’histoire de gens qui n’ont eu souvent pour horizon que ces quartiers, structures provisoires dans lesquelles ils ont pu tracer leur vie, trouver des moments de bonheur. Mais après tout… « la vie est aussi provisoire mais on la vit quand même… » !

François Cervantes et Catherine Germain, dans une interprétation remarquable, nous offrent là une véritable pépite comme on s’efforce de les découvrir dans l’océan de ce Festival Off.

Jean-Louis Blanc

Photo © Christophe Raynaud de Lage

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