« ET LE COEUR FUME ENCORE » : ALGERIE, QUAND TU NOUS TIENS !

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CRITIQUE. AVIGNON 2019 : « Et le cœur fume encore » d’Alice Carré et Margaux Eskenazi – Mise en scène : Margaux Eskenazi – Au 11 Gilgamesh Belleville – du 5 au 26 juillet à 18h30.

Deuxième partie d’un diptyque sur la décolonisation, ce volet parle ici de celle qui a conduit à l’indépendance de l’Algérie et de ces histoires familiales qui ont tracé les contours de ce qu’est la France aujourd’hui. C’est à partir de travail sur documents et d’entretiens qu’Alice Carré et Margaux Eskenazi ont construit ce texte habile et touchant. Mais là ou l’exercice devient passionnant c’est quand les auteures ont décidé d’interroger l’histoire familiale des comédiens sur scène. Un tel issu de la communauté pieds-noirs, un autre kabyle ayant rejoint l’armée française ou encore un autre dont le père faisait partie du FLN ou encore un autre futur bras armé de l’OAS.

En donnant vie à ces paroles trop longtemps gardées secrètes les auteures et la metteuse en scène Margaux Eskenazi offrent un incontestable poids à ces témoignages ordinaires. Poids d’autant plus important qu’elle a su entremêler habilement la petite histoire à la grande, replaçant systématiquement ces histoires familiales dans un contexte plus vaste. Autant dire que la virtuosité des jeunes comédiens aide grandement la metteuse en scène avec des passages d’un tableau à l’autre d’une grande fluidité, faisant avancer le spectacle. Maniant parfaitement les manettes du rythme et des émotions, la troupe emmène avec elle le public sans effort apparent dans cette saga familiale mais aussi nationale.

Difficile de citer tel ou tel comédien tant la jeune troupe est talentueuse et homogène mais il est évident aux yeux de tous que la comédienne Eva Rami dans l’ensemble de ses rôles tire la pièce encore un peu plus haut. Semblant savoir tout jouer, la comédienne passe d’effets comiques hilarants à un jeu plus intimiste tirant la larme aux yeux. Un nom assurément à suivre.

Un très beau travail de mémoire mais aussi d’analyse sur ce qui fait la France d’aujourd’hui, sur ses relations avec l’Algérie et sur les sentiments ou ressentiments que l’on peut trouver dans une jeunesse privée de ses racines, sur laquelle les silences sur le passé ont pesé.

Un immanquable de ce Off 2019 qui a su allier un texte fort, une troupe talentueuse et une mise en scène au cordeau. Un spectacle à découvrir et qui va assurément tourner durant plusieurs années pour ceux qui n’ont pas eu la chance de le découvrir dans ce Festival Off.

Pierre Salles

Photo Loic Nys

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