« LA DERNIERE BANDE » : DU GRAND OSINSKI SERVI PAR L’IMMENSE DENIS LAVANT

LA DERNIÈRE BANDE

CRITIQUE. AVIGNON OFF 19. « La dernière bande » De Samuel Beckett – Mise en scène de Jacques Osinki avec Denis Lavant – Théâtre des Halles du 5 au 28 juillet 2019 à 21h30 (relâche les 9, 16 et 23) – durée 1h20.

« La dernière bande « avec Denis Lavant où quand deux monstres se rencontrent. Tel pourrait être le simple pitch tant ce texte semble être fait pour le comédien. Mais le raccourci est évidemment trop facile, trop évident. Ce texte si court et si difficile à jouer est parfaitement rendu ici car Denis Lavant est tout simplement un immense comédien et que la mise en scène de Jacques Osinki frôle la perfection. Ceux qui connaissent ce texte comprendront aisément qu’il faut aimer Beckett pour aller voir ce spectacle ! Mais pas que… Et c’est bien là tout le génie de Denis Lavant, rendre accessible des choses qui ne le sont pas forcément.

Le metteur en scène, Jacques Osinki, et Denis Lavant avaient déjà travaillé ensemble sur « Cap au pire » en 2017, toujours au théâtre des Halles. Mise en scène et interprétation qui avaient alors fait date. C’est donc avec curiosité et envie que les spectateurs attendaient la manifestation de ces instants magiques qui font que chacun veut toujours plus aller plus loin et dévorer du théâtre, jour après jour, et c’est bien ce qui se passe tous les jours sur scène. Planté sur scène, assis devant son bureau face au public, Krapp est là, attend, impassible, immobile. Sur la table un vieux magnétophone à bande et un tas de cartons remplis de bandes. Sur ces bandes, le vieil homme à enregistré ses bribes de vie, ces instants du passé enregistrés et qu’il écoute en boucle pour ses anniversaires. Instants fugaces, souvenirs d’un amour perdu et pourtant toujours présent.

A la limite du jeu clownesque bourré d’humour, Denis Lavant est comme nu, sans fard blanc, jouant de tout son corps. Chaque mouvement respire la maîtrise nonchalante, celle des génies de la scène. Rien n’est évident et tout est palpable, chaque bleu à l’âme, colère et interrogation paraissent si limpides dans le non-dit… Malgré la noirceur du propos, la vie existe encore, Denis Lavant ouvre le cœur de cet homme chez qui tout souffle d’espoir n’est pas mort et qui se cherche lui-même en écoutant ses bandes du passé. Passé, futur, présent ? Beckett brouille les pistes mais Jacques Osinki arrive avec intelligence à rendre ces distorsions temporelles évidentes grâce à des textes en voix off et des disparations momentanées de Krapp de la scène qui permettent étonnamment d’ancrer la pièce dans le temps présent sans personne sur le plateau.

Un immanquable de ce Festival Off ! Une fois encore, Denis Lavant s’inscrit dans le cercle des « incontournables », ces comédiens qui, abordant les textes les plus complexes à jouer, savent offrir une lecture clairvoyante et mémorable de ces œuvres. Rares sont ceux qui peuvent passer autant d’émotions sur scène sans jamais rien enlever au texte de l’auteur. A découvrir sans tarder !

Pierre Salles

Reprise à l’Athénée du 7 au 30 Novembre 2019

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s