« L’ORESTIE » : JEAN-PIERRE VINCENT PROPULSE SES ELEVES SUR LES TRETEAUX D’AVIGNON

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CRITIQUE. FESTIVAL D’AVIGNON. « L’Orestie » – Texte : Eschyle (dans la version élaborée par Peter Stein) – Mise en scène : Jean-Pierre Vincent – Gymnase du lycée Saint-Joseph les 12, 14, 15 et 16 juillet à 14h00 (durée : 5 heures)

Est-ce le retour de Jean-Pierre Vincent au Festival d’Avignon ? Celui que l’on qualifie de « metteur en scène aux quatre Cour d’Honneur »… En fait de retour il s’agit plutôt d’une arrivée, celle de jeunes artistes issus du Groupe 44 de l’Ecole supérieure d’art dramatique du Théâtre National de Strasbourg. Il ne s’agit pas moins de douze acteurs et douze créateurs des métiers du théâtre (décor, costumes, son, lumière) qui participent à cette création de l’Orestie d’Eschyle, cette tragédie fondatrice qui est dans toutes les mémoires, à l’issue d’un travail étalé sur trois années de formation.

C’est la troisième fois, lors de ses quinze participations au Festival d’Avignon, que Jean-Pierre Vincent met en scène les élèves d’une école. Exercice tant pédagogique que créatif qui permet à ces jeunes acteurs de mettre un pied dans le Festival d’Avignon et au public de découvrir des acteurs en devenir.

Le choix de cette trilogie – Agamemnon, les Choéphores, les Euménides – s’il entre indéniablement dans les grands thèmes du Festival 2019, permet en outre de proposer trois types d’interprétations différents, d’alterner les rôles entre les différents acteurs et de présenter ainsi toute la palette artistique de cette jeune troupe.

Dans « Agamemnon » nous voilà devant le palais du roi dans une sorte de taverne grecque où devisent trois vieillards courbés sur leur canne. Ce chœur, qui joue un rôle essentiel dans la narration, est traité avec beaucoup d’humour avec des scènes savoureuses, comme lorsque ces trois vieillards rhumatisants dansent un sirtaki improbable. Le drame monte en puissance progressivement. Clytemnestre, pleine de bonnes intentions non dénuées d’hypocrisie accueille un Agamemnon triomphant et une Cassandre toujours torturée par ses horribles visions prémonitoires, avant d’apparaître avec Egisthe à la porte du palais pour annoncer leur horrible crime. Cette première partie nous propose une mise en scène assez classique. Malgré le verbe un peu « scolaire » de Clytemnestre, on retiendra la grande finesse de jeu des trois vieillards, la prestance d’un Agamemnon dominateur et la belle interprétation d’une Cassandre désespérée.

« Les Choéphores » proposent un rythme et une mise en scène bien différents. Toujours devant le palais royal, la tombe d’Agamemnon. Le personnage central, Oreste, est torturé, extraverti, parfois enragé mais il reste sensible et fragile. L’assassinat de Clytemnestre et Egisthe se déroule dans le palais, à l’abri des regards, mais la mise en scène opte pour un parti pris de violence dans un style plutôt « gore ». Les larmes se mêlent au sang.

Malgré le harcèlement d’Oreste par des Euménides particulièrement virulentes et repoussantes, donc très réussies, le troisième volet de la trilogie est mis en scène de manière plus apaisée. Un Apollon resplendissant et charismatique et une Athéna pleine de sagesse avancent leurs arguments, débattent avec les furies. Oreste est joué avec sagesse et retenue par un autre acteur que précédemment dans un jeu bien différent.

L’ensemble du spectacle est abouti. Malgré une durée de cinq heures, il captive de bout en bout et reçoit un accueil enthousiaste du public. Le choix du texte, une version élaborée par Peter Stein, apporte clarté et limpidité à la pièce.

Même si certains acteurs ne se sont pas encore totalement débarrassés de leur statut d’élève – on ressent parfois le poids de la pédagogie – on découvre de grands talents dans cette jeune troupe d’un excellent niveau artistique. Nul doute que tous voleront bientôt de leurs propres ailes et que nombre d’entre eux traceront l’histoire à venir du Festival.

Jean-Louis Blanc

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Photos © Christophe Raynaud de Lage

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