« 40° SOUS ZERO », POST APOCALIPTYQUE !

40°

CRITIQUE. AVIGNON OFF 19. « 40° sous zéro » – De Copi, mise en scène Louis Arène, compagnie Mustrum Théâtre, à la Manufacture (patinoire), du 5 au 25 juillet à 21H35 (relâche les 11 et 18.) durée 2H10 avec la navette.

Amateurs de gore, de trash et de Copi, courez-voir ce spectacle ! Car c’est une belle réussite dans son genre. Âmes sensibles s’abstenir !

La Compagnie Mustrum Théâtre nous avait totalement envoûtés et bousculés, l’année dernière avec le mémorable « Le chien, la nuit et le couteau » conte cauchemardesque de Von Mayenburg (J’en ai encore des frissons !). Dirigée par le très inspiré Louis Arène, elle nous revient cette année avec deux pièces courtes de l’irrévérencieux auteur Argentin Copi : « L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer » et « Les Quatre Jumelles ». Deux farces totalement hystériques et débridées où les Hommes devenus créatures, changent de sexe à gogo, se baisent les uns les autres à ne plus savoir avec qui, carburent à la poudre et à l’héro et n’en finissent plus de se trucider pour mieux se ressusciter. Ici le vice est la norme et les tabous volent en éclat !

Dans ce cadre donné (si on peut parler de cadre !), la compagnie du Mustrum théâtre s’en donne à cœur joie, pour repousser toutes les limites ; expérimenter tous les chemins, surtout les plus douteux ; ajouter de la provocation à la provocation… Du sang, de la poudre, des excréments giclent sur le plateau mais ce n’est rien à côté des situations totalement déglinguées qui nous sont données à voir et s’enchainent sur un rythme effréné ; situations que je ne m’hasarderais pas à vous raconter, car c’est irracontable ! L’horreur et la monstruosité sont poussées à leur paroxysme qu’elles ne peuvent déclencher en nous qu’un rire libérateur. Damned !

Mais le tour de force de Louis Arène c’est d’avoir réussi à esthétiser toute cette ignominie. Car, si ce qui se déroule devant nos yeux est horrifiant, les tableaux présentés sont totalement fascinants et saisissants. L’usage de masques, de protubérances crâniennes et corporelles, qui font la signature de la compagnie, accentue superbement l’inhumanité et l’étrangeté des personnages. Les costumes de Christian Lacroix (qui lui aussi semble s’être lâché dans toute cette exubérance) sont fantastiques. Le lâcher-prise des corps …Les séquences musicales…les lumières… les décors qui se déglinguent aussi, participent encore à la création de cette ambiance post-apocalyptique. Le tout est effroyablement beau !

Ce jeu de déformation et de grossissement sert parfaitement cette partition grotesque et outrancière, en nous emmenant dans des endroits indéfinissables (où il faut l’avouer on peut se perdre un peu parfois). L’effet est totalement déroutant, grisant pour certains, au risque d’être indigeste pour d’autres. Clivant certes mais le talent est là incontestablement !

Marie Velter

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