« ILS N’AVAIENT PAS PREVU QU’ON ALLAIT GAGNER », L’ENFANCE ECLIPSEE

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CRITIQUE. AVIGNON OFF 19. « Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner » – sur un texte de Christine Citti – Mise en scène : Jean-Louis Martinelli – Off Avignon 2019 – Au théâtre des Halles – du 5 au 28 juillet à 11h00 (relâche les mardis 9, 16 et 23 juillet)

C’est par la volonté de faire du théâtre en foyer d’accueil pour jeunes du metteur en scène Jean-Louis Martinelli et de la comédienne auteure Christine Citti qu’est né ce spectacle fort et engagé. Mais aussi bien le metteur en scène que l’auteure ont dû rapidement se rendre à l’évidence qu’il était impossible de faire du théâtre dans ces lieux où l’instabilité règne et où toutes constructions à long terme s’avèrent impossible. Des jeunes au parcours de vie chaotique qui disparaissent du jour au lendemain dans un turn-over permanent et une institution sans réels moyens et qui ne peut rien mettre à disposition pour tenter d’effectuer un travail de fond.

C’est donc à partir de notes, d’impressions, de ressentis que Christine Citti a écrit ce texte et que Jean-Louis Martinelli a donné la voix à ces enfants que la société refuse de voir. S’entourant de talentueux jeunes comédiens dès l’origine du projet, certains professionnels, d’autres non, Jean-Louis Martinelli montre au public bien plus que ces foyers ouverts qui sont autant de tombeaux sociaux par lesquels rien de bon ne semble pouvoir arriver à ces enfants sans espoir, mis à part celui de faire fortune en vendant de la drogue pour pouvoir enfin sortir de cet enfermement.

Loin de ne fournir aux spectateurs qu’un spectacle pessimiste ou documentaire, le metteur en scène et l’auteure offrent avant tout un regard lucide sur l’état de la société et sur la façon dont elle traite ces jeunes en désespérance. Au-delà du simple constat, la réponse apportée par l’état au travers de ses institutions et de ses éducateurs sans réels moyens semble au mieux dérisoire au pire suicidaire pour qui veut bien comprendre que ces jeunes sont aussi une poudrière. Car là où l’espoir n’est plus, seule la violence peut émerger.

Un spectacle à la scénographie efficace, parfois réaliste et parfois plus distanciée permettant une écoute plus juste et moins passionnée. Un moment de théâtre qui laisse le spectateur dans un état intermédiaire, en d’équilibre entre un sentiment profond d’échec et et un semblant d’espoir. Un travail assurément à découvrir.

Pierre Salles

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