« BY HEART », TIAGO RODRIGUES PAR ET AVEC COEUR

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CRITIQUE. « By Heart » de Tiago Rodrigues – Du 14 au 18 mai 2019 au Pavillon du Théâtre Vidy-Lausanne – Durée: 1h30

Du 14 au 18 mai, premier des trois spectacles de cet auteur majeur de la scène européenne proposés au théâtre de Vidy-Lausanne.

«Lorsque meurt un langage, meurt également une manière de percevoir le monde» George Steiner

Au point de départ de ce spectacle, il y a la grand-mère du réalisateur, une dame âgée de 94 ans, ardente lectrice, qui devient peu à peu aveugle. Elle demande alors à son petit-fils de lui choisir le livre ultime pour, avant de perdre complètement la vue, l’apprendre par coeur.

A partir de ce moment personnel, Tiago Rodrigues va entremêler la réalité du plateau avec la narration d’anecdotes littéraires, d’Histoire, de devinettes, de références littéraires, tout cela dans une ambiance décontractée en apprenant un texte à dix volontaires.

Sur le plateau, au centre d’une rangée de chaises, Tiago Rodrigues est installé sur un haut tabouret. Jeans et basket, la seule particularité de son habit de scène est les deux visages qui décorent son T-shirt. Avenant, il remercie le public d’être venu et invite dix personnes à prendre place sur les dix chaises encore vides alignées sur le plateau, occupées immédiatement par dix hardis volontaires.

Trois cageots de livres usés pour seuls accessoires, il raconte, imprimant des histoires, des livres et des noms dans nos mémoires. Car c’est là ce qu’il tient à nous transmettre : il faut meubler son intérieur, le décorer avec soin, l’imprégner de beauté. Comment? Grâce à notre mémoire. Personne ne peut toucher à ce qui est en nous.

Tout en passant d’une histoire à l’autre, de George Steiner à Pasternak, du bibliothécaire de Birkenau à Ray Bradbury, de Nadajde à la bible, le texte répété avec ses dix «patients» s’incruste dans les mémoires. Comme un refrain, le chorus s’installe et cela semble aller de soi. La bienveillance et l’humour sont de mise, Tiago Rodrigues provoque rires et sourires dans les assemblées, celle des fauteuils comme celle des chaises. Ce spectacle est véritablement un moment de grâce.

Et comme chaque livre lu peut devenir un commencement, la fin de l’histoire de Tiago en entame une nouvelle et lui donne tout son sens. Ce qui fut écrit redevient pensé, la réalité se fait théâtre et l’inverse est vrai aussi.

Lorsque cette chaîne humaine redonne forme au texte en le récitant, convoquant la grand-mère de l’auteur, l’émotion de ce dernier est celle de chaque spectateur.

Culturieuse,
à Lausanne

Photo Magda Bizarro

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