« JE SUIS FASSBINDER », DIALOGUE ENTRE LE POLITIQUE ET L’INTIME

CRITIQUE. « Je suis Fassbinder » – texte: Falk Richter, mise en scène: Stanislas Nordey et Falk Richter du 5 au 28 avril 2019 au Théâtre du Rond-Point, Paris.

Le spectacle ouvre sur un dialogue entre Rainer Werner Fassbinder et sa mère, incarnés par Stanislas Nordey et Laurent Sauvage filmés en live par les deux autres comédiens, en référence à la scène que le réalisateur avait filmée dans L’Allemagne en Automne. Entre fumées de cigarettes et vapeurs d’alcool, les deux comédiens/personnages débattent sur l’actualité d’il y a quelques années (la pièce a été créée en 2016): terrorisme, viol à Cologne, immigration…

Fassbinder et son film sorti en 1977, L’Allemagne en automne, est le matériau de base du travail. Ce film collectif est composé de plusieurs courts-métrages, dont l’un de Fassbinder dans lequel il se filme en compagnie de son amant avec qui il se dispute à propos des attentats terroristes de la Fraction armée rouge (RAF) en automne 1977 en Allemagne. Une autre scène filme le réalisateur avec sa mère qui confie naïvement que ce dont aurait besoin le pays est le retour d’un homme « autoritaire, très bon, gentil et juste ». La pièce est le fruit d’une écriture au plateau au fil des répétitions, avec une mise en scène signée Stanislas Nordey, directeur du Théâtre National de Strasbourg et Falk Richter, auteur contemporain, metteur en scène et artiste associé au TNS.

Je suis Fassbinder est un dialogue entre le politique et l’intime, un aller retour entre l’Allemagne des années 1970 et la France d’aujourd’hui, entre mouvements fascistes des années 70 et FN, entre terrorisme de RAF et terrorisme de Daesch. Terrorisme, peur, sentiments d’insécurité, crise identitaire, autant de thématiques dont s’emparent les comédiens avec fureur, angoisse et amour.

Malgré des thématiques qui semblent intéressantes, la proposition ne me convainc pas. Le spectacle n’est plus d’actualité, et se perd dans le fracas de trop de thématiques effleurées sans être creusées. Par ailleurs, l’interprétation des comédiens m’a grandement agacée, notamment celle de Stanislas Nordey avec sa gestuelle et son jeu trop appuyé qui tendent à m’irriter. Tout l’espace est occupé par les hommes, ne laissant pas suffisamment de place aux comédiennes, pourtant très talentueuses.

Certes, quelques moments sont beaux et forts ; notamment, le choeur incarnant les différentes faces de l’Europe. Les cinq comédiens avancent face public dans un jeu de lumière clair-obscur scandant les identités multiples de ce nous européens. L’instant est juste, l’image est forte.

JE SUIS L’EUROPE
Judith : Je ne suis pas une utopie
Je suis une réalité
J’ai 12 étoiles
Je suis 47 territoires
Je suis 742 millions de gens
Je suis 150 langues sur un seul continent
dont seules 23 sont « officielles »
Je suis la Première Guerre mondiale
Je suis la Deuxième Guerre mondiale
Je suis toutes vos guerres
Je suis toutes vos libertés
J’essaie de négocier
J’organise la liberté
Je suis le Vatican
Je suis le camp de concentration
Je suis la Révolution/Je suis la tragédie /
Je suis la Grèce qui s’effondre
Je suis l’Empire latin sous domination
allemande
Mes parents étaient des nazis, des
humanistes, des découvreurs,
des colonialistes
Je suis allée en Amérique du Nord tuer
les Indiens,
J’ai violé l’Amérique du Sud, je suis allée
en Australie commettre un génocide,
j’ai pris possession de l’Asie,
j’ai pris possession de l’Afrique,
j’ai obligé l’Afrique à
parler MES LANGUES
et à croire en MA BIBLE »

Exceptés quelques autres moments de sincérité, comme lorsque la comédienne Dea Lianh s’adresse au public pour nous questionner sur l’amour en faisant écho aux films de Fassbinder, interrogeant quel personnage nous incarnons, le reste du spectacle me laisse froide. La pièce n’arrive pas à me toucher ni dans sa dimension politique, ni dans sa dimension intime, dommage.

Anouk Luthier

Création : 4 mars 2016 au Théâtre National de Strasbourg

Photos J.L. Fernandez

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