« YSTERIA », UNE TRAVERSEE DE L’HYSTERIE

Ysteria

CRITIQUE. YSTERIA* – Texte et mise en scène de Gérard Watkins – Au Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, Paris 12 – du mardi au samedi à 20H30 et le dimanche à 16H30, dernière le 14 avril – durée 2H15.

Comme j’ai été touchée par ce moment de théâtre, par cette traversée en hystérie d’âge en âge !

Touchée par toute l’équipe d’acteurs, extrêmement bons ! extrêmement bien dirigés ! Pour les trois qui interprètent l’équipe des thérapeutes : brillante capacité à rendre les modes de neutralité, d’empathie, de compassion, d’éducation informative à l’endroit des malades, tout cet attirail médical à réaiguiller les âmes naufragées, toutes ces techniques d’accompagnement pour essayer de débusquer les moindres indices dans les récits des affectés, pour avancer vers leur guérison. Avec ce qu’il faut de surjeu pour nous faire mesurer la magistrale puissance de l’irréelle réalité du Théâtre.

Et pour les deux qui incarnent les malades, bouche déformée, bras paralysé, quel grand et digne engagement d’Acteur que de porter aussi lumineux et au delà du pathologique cette maladie, que de nous la rendre aussi proche, vivante, dans chaque regard, dans chaque absence, dans chaque mot et chaque cri, corps et âme se cherchant pour reprendre pleinement la route de sa vie !

Dans ce lieu, prototype d’hôpital, bordé de canapés sans cesse déplacés, rappelant par ces mouvements incessants les recherches encore et toujours en déplacement sur ce trouble, Gérard Watkins Auteur et Metteur en scène d’Ystéria, réussit à faire jaillir ce qui échappe souvent à chaque Humain, pris de panique, de malaise à ne pas savoir comment réagir face à ce trouble qui, quand il devient prégnant, place en écart du monde : la nécessité de la joie et de la tendresse pour accueillir l’Autre si différent, l’acceptation du grotesque car de lui comme du ridicule on ne meurt pas, on revit, parce que le rire et le rire de soi sont des cadeaux salvateurs, thérapeutiques.

Les impacts de début et de fin de spectacle sont encore très actifs en ma mémoire alors que je vous écris cette chronique. Et le reste de ces deux heures quinze aussi continue à me questionner. Première image : cette salle séparant, sans barrière visible pourtant, médecins et malades, les couleurs des coussins comme apaisantes mais vides, comme si les couleurs bon teint n’avaient pas leur place dans ce contexte. Les suspensions lumière; du côté des médecins elles sont trois, du côté des malades elle est une. Par ce trois poids une mesure, on semble invité à reconstater, d’entrée de jeu, sur qui le monde mise le plus ses éclairages. Image finale, après un temps de plongée communiant, déplaçant, dans un noir complet en scène et en salle : les trois thérapeutes jouent aux fléchettes. Et au moment où l’on se dit que cette Ystéria vise en plein dans le mille, entendre surgir la phrase finale du spectacle, bouleversant aveu entre impuissance et Espérance : on en sait rien de toute façon.

Alors, pour essayer d’en savoir plus sur ce qui est débattu dans ce formidable spectacle, et faire sa part active d’humanité, peut-être aller écouter Marshall Rosenberg, inventeur de la Communication Non violente, dans la maladie psychique, sur youtube. Puis jeter un oeil au site communification d’Isabelle Padovani où elle parle notamment des constellations familiales dont nous avons un aperçu génial durant le spectacle. Lire Demain j’étais folle d’Arnhild Lauveng, schizophrène devenue thérapeute. Et enfin, sur les écritures de plateaux dont Gérard Watkins a réalisé depuis 2016 la belle matière Théâtre d’Ystéria, faire lecture des Ecrivains de plateau, de Bruno Tackels, dans La littérature théâtrale entre le livre et la scène, aux éditions entretemps, juin 2013.

Filez à la Tempête, je vous souhaite de trouver une petite dernière place car c’est presque complet à chaque représentation. Et de faire vôtre la formule d’Arthur, un des malades, qui dira plusieurs fois dans le spectacle : Il y a de l’amour là dedans.

Oh que oui ! Et c’est splendide !

Mzé

* Une fois n’est pas coutume, nous publions cette seconde critique du spectacle, qui apporte un avis différent et contradictoire de la précédente publiée dans nos colonnes récemment : https://lebruitduofftribune.com/2019/03/20/ysteria-un-sujet-sensible-traite-avec-de-lourds-sabots/

Avec Julie Denisse, David Gouhier, Malo Martin, Clémentine Ménard, Yitu Tchang – Réservation au 01 43 28 36 36

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