« PREUVES D’AMOUR » : LA COMPAGNIE EMILIE VALANTIN REVISITE ROBERTO ALT

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CRITIQUE. « Preuves d’Amour – Amours argentines d’hier et d’aujourd’hui » – Mise en scène : Jean Sclavis – Au théâtre du Chêne Noir, Avignon, le 5 avril 2019.

C’est sur un travail débuté en 1999 lors du Festival d’Avignon que la compagnie marionnettiste Emilie Valantin poursuit ses créations autour de l’auteur argentin Roberto Arlt à partir d’un texte sur la manipulation et l’amour. Sous la forme d’un diptyque, ce texte est ici enrichi d’une nouvelle plus contemporaine de l’auteure argentine Esther Cross. Ces deux parties, revisitées par Emilie Valantin et mises en scène par Jean Sclavis, sont présentées dans un format court comme deux variations sur un même thème. Elles nous parlent de preuves d’amour, non de celles si souvent rêvées mais de celles, bien plus humaines, qui sont souvent plus proches de la manipulation que du véritable amour désintéressé.

La première partie, « L’amour de Victoria », nous conte l’histoire de Beltran Grimaldi, craignant la mort depuis sa plus jeune enfance et qui fera tout pour s’en éloigner avec l’aide de sa femme aimante, Victoria, et celle du narrateur, Carlos, l’ami de Beltran. Cette première partie de l’auteure Esther Cross nous plonge immédiatement dans une ambiance argentine, déjà exploitée par la compagnie. Le travail sur le tango et la musique offre ici la possibilité d’apporter une indéniable touche poétique et surréaliste à la pièce. Carlos, interprété par Francisco Cabello, et Victoria, jouée par Claire Harrison-Bullet, font face à un Beltran Grimaldi interprété par une marionnette grandeur nature. Ce jeu de manipulation prend alors ici tout son sens tant le texte lui-même ne
parle que de manipulation, celle de Carlos, roulé de bout en bout par la femme fidèle, et celle de Beltran, lui-même manipulé afin que sa mort lui paraisse plus douce.

La deuxième partie, « Preuve d’amour », met en scène un texte de Roberto Arlt (1900 – 1942) écrit en 1930. Guinter, marionnettiste de son état, aime Frida. Un jour où sa fiancée lui rend visite, Guinter décide de la mettre à l’épreuve en lui demandant des preuves d’un amour qu’il veut absolu. Ici encore, l’amour idéal est représenté par une marionnette. Mais alors que la proposition de la première partie se voulait très poétique, celle-ci s’inscrit dans un contexte beaucoup plus terre à terre. Là où la marionnette de Beltran pouvait représenter mille choses dans le texte d’Esther Cross avec, en premier lieu, cette personne figée par la peur de mourir et qui ne parvient pas à vivre, celle de la deuxième partie apparaît comme une marionnette sans vie et un peu encombrante. Même si Francisco Cabello interprète parfaitement le personnage de Guinter en marionnettiste amoureux et tourmenté, la proposition en devient beaucoup moins intéressante.

Il est dommage que cette mise en scène n’ait pas donné naissance à un spectacle plus homogène, aussi bien sur la forme que sur le fond. Dans les deux cas il est évident qu’il est question de preuves d’amour mais les deux façons d’aborder le sujet paraissent nettement différentes et la transposition d’époque du texte de Roberto Arlt ne suffisent pas à fournir un ensemble cohérent. La première partie place les spectateurs dans une ambiance argentine très poétique, un peu mystérieuse, mais le charme retombe vite avec cette deuxième partie plus pâlotte et prosaïque. Il reste néanmoins à noter le remarquable travail des deux comédiens, excellents dans leur rôle et donnant vie à leurs marionnettes avec une parfaite maîtrise.

Pierre Salles

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