« LES PALMIERS SAUVAGES », UNE HISTOIRE TRAGIQUE

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CRITIQUE. « LES PALMIERS SAUVAGES », de William Faulkner, mise en scène et adaptation : Séverine Chavrier – Théâtre National – Grande salle – Bruxelles – jusqu’au 06 avril 2019

Une histoire tragique : « un monde intermédiaire entre adultère et romance ».

Lui, c’est Harry Kilbourne, il travaille en tant qu’interne dans un hôpital de la Nouvelle-Orléans. Sa vie est plutôt médiocre, mais voilà qu’apparaît Charlotte Rittenmeyer. Charlotte est une femme mariée menant une vie plutôt bourgeoise, elle a deux enfants, est totalement rebelle et se dit artiste. Leur rencontre révèle une passion amoureuse poussée à l’extrême, au point qu’elle va quitter mari et enfants pour fuguer avec Harry. Harry pour qui cet amour est le premier, l’unique expérience. Ils vont vivre cette passion adultère avec fougue, sauvagerie, fureur, dans un enfermement à deux, au rythme des ébats à chaque heure du jour et de la nuit, n’importe où. Un lieu, un lit, un matelas à même le sol, sur le sable, au bord de l’eau. Comme une urgence d’aimer, aimer à mourir. Nus sur scène la plupart du temps, ils vivent comme des amants à leur début où sexe et amour semblent ne jamais s’épuiser, plus rien n’a d’importance, ni l’argent (qu’ils n’ont pas) ni la fuite vers l’avant, sans conséquences dans l’instant mais qui va torturer petit à petit leurs consciences.

Charlotte et Harry vont prendre la route et faire voyager le public d’un hôtel à un atelier de Chicago ; prendront le train vers le Wisconsin en passant par un chalet dans l’Utah et un bungalow au bord de la mer : « un cabanon de plage abandonné au seul bruit des palmiers sauvages ». Le vent est omniprésent, on l’entend souvent sur la scène qui se transforme au gré des lieux. Des matelas, des lits, une gigantesque étagère pleine de conserves, des chaises, un bureau, et même un piano dans un coin. On entend le bruit des vagues.

Entre silences et chuchotements, la voix off des personnages raconte ce que leur conscience percute déjà tout bas : le temps qui passe effrite la passion. Une passion qu’Harry détruit peu à peu dans un tourbillon de contradictions alors qu’il ne peut se passer d’elle (si Charlotte n’est pas près de lui, il la cherche), mais à la fois veut retrouver sa vie d’avant, sa vie d’homme « asexué ».

Et puis arrive la grossesse non désirée, une perspective non voulue.

Que va-t-il advenir de ces amants fougueux et perturbés ? Fin heureuse ou dramatique ?

À vous de le découvrir si le cœur vous en dit, au théâtre National jusqu’au 6 avril.

L’auteur / la mise en scène : Cette œuvre de l’auteur américain William Faulkner est en fait un recueil de deux nouvelles publié en 1939 : « Les Palmiers sauvages » (ou autre titre « Si je t’oublie, Jérusalem ») et le « Vieux Père » (L’histoire d’un détenu qui lutte contre les eaux lors de la grande inondation du Mississipi en 1927 -une des plus catastrophiques que les États-Unis aient connu- pour tenter de sauver une jeune femme enceinte). Dans cette mise en scène de Séverine Chavrier (également C sur scène) c’est du premier qu’il s’agit.

À la fois directrice du CDN Orléans/Centre Val, musicienne et metteuse en scène, cette artiste médaillée d’or et diplômée du conservatoire de Genève en piano et un prix d’analyse musicale, crée une belle mise en scène visuelle et sonore digne d’intérêt qu’on ne peut que saluer. Mais malgré le jeu intéressant des comédiens, ainsi que le sujet fort, dramatique et captivant du roman de William Faulkner, le public n’at pas vraiment adhéré au spectacle. Certain/e/s ont même quitté la salle avant la fin. D’autres sont restés quelque peu sceptiques.

En effet, le tout semblait tiré en longueur, mais pas seulement, trop « d’informations » tue le véritable contexte de l’histoire qui finit par se « noyer » dans le tout. Par ailleurs, s’il est vrai que la nudité n’est pas courante sur les scènes des théâtres, et, qu’elle n’est pas sans intérêt, ici elle est omniprésente. Un « too much » un tantinet inélégant, et ce, malgré le fait que tout un chacun ayant vécu une histoire d’amour passionnelle peut parfaitement s’identifier aux ébats des deux amants sur scène : une nudité qui devient totalement naturelle dans la vie journalière d’amoureux, d’amants. « Tels des enfants de cinq ans » me commentait Laurent Papot à l’issue du spectacle.

Une façon de voir, un genre pour lequel on adhère ou pas.
« LES PALMIERS SAUVAGES », à voir ? À vous de voir.

L’œuvre de Faulkner, à lire très certainement.

Julia Garlito Y Romo

Comédiens : Séverine Chavrier, Laurent Papot & Deborah Rouach
Scénographie : Benjamin hautin / Dramaturgie : Benjamin Chavrier / Son : Philippe Perrin / Lumière : David Perez / Vidéo : Jerôme Vernez / Construction du décor : Ateliers Théâtre Vidy-Lausanne / Reprise : Centre Dramatique national Orléans, Cantre-Val-de Loire / production Théâtre Vidy-Lausanne, Compagnie la Sérénade interrompue / Coproduction : Nouveau Théâtre de Montreuil

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