« LES FORAINS ET AUTRES NOUVELLES », TABLEAUX INTEMPORELS DE LA NATURE HUMAINE

compagnie tore

CRITIQUE. «Les Forains et autres nouvelles» de Charles Ferdinand Ramuz – Par la compagnie Tore – Du 5 au 7 avril au Théâtre Midi/Minuit (ex Petit 38), Grenoble, puis en tournée suisse.

L’art en Suisse romande, durant la première partie du XXe siècle, ne se résume pas aux oeuvres picturales de Félix Vallotton et à l’architecture du Corbusier. En littérature, le vaudois Charles Ferdinand Ramuz (1878-1947) a contribué à la redéfinition du roman.

Né en Suisse, il vit à Paris durant dix ans. Il y publie ses premiers romans, se liant d’amitié avec des artistes de tous bords. En 1914, il rentre définitivement en Suisse, où il produit «L’histoire du soldat» dont ses amis Igor Stravinsky et le peintre René Auberjonois composent la musique et le décor.

Son style expressif prête à controverse. Il cherche en effet à déconstruire une langue par trop grammairienne pour atteindre un réalisme plus vivant, relatant les espoirs et les désirs humains au travers d’écrits faussement naïfs, proches du poème en prose. Inspiré par sa région et la nature, il parvient, par l’âpreté de ses mots, à décrire la condition humaine fragilisée par un environnement redoutable autant que sublime.

Plusieurs de ses récits ont été portés au cinéma par les réalisateurs suisses des années 70-80, tels que Goretta, Soutter ou Reusser. Omar Porras, Mathieu Bertholet et Denis Maillefer, metteurs en scènes contemporains, ont travaillé ses textes pour le théâtre, louant ses «audaces narratives».

Deux comédiennes, Nicole Vautier et Danièle Klein, interprètent cinq de ses nouvelles sur une scénographie d’Anne Auberjonois, petite fille du peintre. Un spectacle intimiste, dans un décor épuré, pour découvrir un auteur du terroir, peintre de la nature, qui s’adresse à l’homme universel.

Evoquant tour à tour, l’angoisse mortelle de l’écrivain devant la page blanche suivie de la miraculeuse résurrection de son inspiration, une communauté campagnarde rêvant le vaste monde par chemin de fer interposé, les amours contrariées d’une marginale bariolée, la perception des beautés de la nature accrue par des plaisirs plus charnels et l’arrivée perturbante de forains étrangers dans un petit village, ces nouvelles, qui datent pourtant de presqu’un siècle, exhalent l’authenticité de l’être. Elles sont autant de tableaux intemporels de la nature extérieure mêlée inexorablement à la nature intérieure de la condition humaine.

Culturieuse

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